L’effet contraceptif de l’allaitement diminue avec le développement socio-économique

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Relation entre temps moyen d’allaitement (en abscisse) et temps moyen d&rs

Relation entre temps moyen d’allaitement (en abscisse) et temps moyen d’aménorrhée (en ordonnée). Chaque point représente l’une des enquêtes analysées dans l’étude. Il est possible de suivre la ’trajectoire’ de certains pays grâce aux enquêtes successives: au Bangladesh (BD) par exemple, la durée d’allaitement est restée stable, mais le temps d’aménorrhée a sensiblement baissé depuis 1975. © Todd et al./PNAS

Alors que la période d’infertilité après un accouchement ne dure en moyenne que quelques semaines chez une femme qui n’allaite pas, cette période peut s’étendre sur des mois, voire plus d’une année, chez une femme qui allaite. Mais la question de l’effet du statut énergétique de la mère (nutrition, effort physique) sur cet effet contraceptif restait débattu. Des chercheurs de l’Institut Max Planck de démographie (Allemagne) et du CNRS viennent de montrer pour la première fois à l’échelle globale que l’effet de l’allaitement sur la fonction ovarienne dépend fortement du contexte environnemental. En analysant 2,7 millions de naissances survenues dans 84 pays en développement ces 45 dernières années, les scientifiques ont en effet observé que la relation entre temps moyen d’allaitement et temps moyen d’aménorrhée postpartum (absence de menstruations consécutive à un accouchement, signe le plus visible d’extinction de la fonction ovarienne) était beaucoup plus faible que celle observée dans les années 1960-1970. Autrement dit, l’effet contraceptif de l’allaitement a clairement diminué ces dernières années dans ces 84 pays. Cette diminution était aussi visible au sein même de la période d’étude (1975-2019). De plus, certaines caractéristiques telles qu’un niveau élevé de l’indice de développement humain ou l’accès à l’électricité étaient associées à un effet contraceptif réduit de l’allaitement. Cela signifie qu’à durée d’allaitement égale, plus le pays est développé, plus la période d’infertilité est faible. Ces résultats confirment les études de terrain menées ces dernières décennies par les spécialistes d’écologie de la reproduction. Ils appellent aussi les démographes à abandonner l’idée que l’effet de l’environnement peut être négligé dans l’analyse de la fécondité. Cette étude est publiée dans PNAS le 12 juillet 2021.

Socioeconomic development predicts a weaker contraceptive effect of breastfeeding. Nicolas Todd et Mathias Lerch. PNAS, le 12 juillet 2021.


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