Bonne tolérance du vaccin BNT162b2 (Pfizer / BioNTech) et bonne efficacité de la réponse immunitaire contre les variants du SARS-CoV-2 chez les patients atteints de lupus systémique

Les équipes du département d’immunologie et du service de médecine interne 2 de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, de Sorbonne Université et de l’Inserm, ont mesuré les réponses anticorps et cellulaires générées par un vaccin ARN messager chez les patients atteints de lupus systémique (LS). Ces travaux, coordonnés par les Professeurs Guy Gorochov (CIMI-Paris) et Zahir Amoura (Centre de Référence National Lupus) montrent que la vaccination est à la fois bien tolérée et efficace, même contre les variants préoccupants. Pour la première fois, les facteurs associés à une mauvaise réponse vaccinale chez certains de ces patients ont pu être mis en évidence afin de mieux anticiper quels sont ceux qui devraient bénéficier de mesures de protection renforcées et/ou de protocoles vaccinaux adaptés. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication le 4 octobre dans la revue Annals of Rheumatic Diseases.

Le lupus systémique (LS) est une maladie auto-immune chronique affectant préférentiellement les femmes jeunes. Les atteintes sont principalement articulaires, cutanées, rénales, cardio-respiratoires, neurologiques et hématologiques. La maladie est caractérisée par la production d’auto-anticorps dirigés contre des antigènes nucléaires. Elle évolue typiquement par poussées. Pour ces patients, deux hypothèses étaient envisagées concernant les effets de la vaccination par ARN messager: la survenue d’effets indésirables plus fréquents, voire l’exacerbation de la maladie chez les patients atteints de LS, ou une réponse inefficace à la vaccination pour les patients sous immunosuppresseurs.

Les équipes ont comparé les effets de la vaccination chez 136 patients atteints de lupus systémique (LS). 126 d’entre eux, ayant reçu 2 doses du vaccin BNT162b2 (Pfizer/BioNTech) et suivi l’ensemble du parcours de surveillance clinico-biologique, ont été inclus dans l’analyse finale. Les deux doses vaccinales étaient séparées de 21 à 28 jours avec une évaluation clinico-biologique à partir du jour de la première injection et jusqu’à 42 jours après celle-ci (J42). L’activité clinique de la maladie était mesurée à chaque visite (J0, J7-14, J21-28, J42) à l’aide d’indices normés. Certains patients ont été vaccinés alors que leur maladie lupique était active.

Au cours des 40 jours de suivi, aucune variation significative d’activité de la maladie n’a été observée, aussi bien chez les patients actifs au moment de la vaccination, que chez ceux qui ne présentaient aucun signe de la maladie. Les seuls effets secondaires notables en relation avec la vaccination ont été des douleurs légères ou modérées au point d’injection.

Un pseudo virus exprimant l’enveloppe (Spike) du SARS-CoV-2 de référence (D614G) ou celle des variants B.1.1.7 (Alpha), B.1.617.1 (Kappa), B.1.617.2 (Delta), B.1.617.3, B.1.1.28 (Gamma) et B.1.351 (Beta) a été utilisé afin de mesurer l’activité neutralisante du sérum prélevé à J42. 82 % des patients testés étaient capables de neutraliser efficacement la souche de référence et le variant Alpha. Comme attendu, une légère diminution d’efficacité de neutralisation des autres variants a été notée, principalement pour le variant Beta, neutralisé par le sérum de 60 % des patients testés, alors que le variant Delta était neutralisé dans 76 % des cas.

A l’heure actuelle, les critères de réponse vaccinale sont encore mal connus. Parmi les différents traitements reçus contre le lupus, ce travail a pu associer le méthotrexate et le mycophénolate mofétil, deux traitements immunosuppresseurs, à de plus faibles taux de réponses IgG anti-domaine de fixation au récepteur humain (RBD) du SARS-CoV-2 (indépendamment des traitements immuno-suppresseurs). La prise de corticoïdes au long cours (dose médiane de prednisone : 19 mg/j) n’était en revanche pas associée à une mauvaise réponse vaccinale.

Ce travail a évalué certains critères thérapeutiques et biologiques de réponse vaccinale. Il a été montré une réponse vaccinale diminuée, c’est à dire un plus faible taux d’anticorps protecteurs, lorsque le patient atteint de LS est traité par méthotrexate ou mycophénolate mofétil (deux traitements immunosuppresseurs). A l’inverse, la prise de corticoïdes, régulièrement prescrits dans le LS, n’était pas associée à une mauvaise réponse vaccinale.

L’étude s’est aussi intéressée au statut immunitaire des patients au début du protocole de vaccination. Le taux de lymphocytes B naïfs (CD19+CD27-IgD+) circulants et la concentration globale d’anticorps IgG à J0 ont été associés à une réponse vaccinale plus intense.

En conclusion, la vaccination des patients lupiques par BNT162b2 est très bien tolérée et ne voit son efficacité diminuée que chez les patients traités par méthotrexate ou mycophénolate mofétil.
Une altération pré-existante de la réponse humorale adaptative est également associée à la mauvaise réponse vaccinale.


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