L’abbaye de Beaumont à Tours : une histoire retracée par l’archéologie (Indre-et-Loire)

Vue générale de la fouille de l’abbaye de Beaumont à Tours. © Mathilde Noë
Vue générale de la fouille de l’abbaye de Beaumont à Tours. © Mathilde Noël, Inrap
Une équipe de l’Inrap et du Service archéologique départemental d’Indre-et-Loire (Sadil) mettent au jour l’abbaye de Beaumont-lès-Tours, la plus importante et durable communauté religieuse de Touraine. Cette fouille constitue l’opportunité, exceptionnelle en Europe, d’appréhender la totalité d’un établissement monastique.

Une histoire en archives

Physiquement effacée à la fin du XVIIIe siècle, l’histoire de l’abbaye de Beaumont ne se lisait plus que dans les archives. Une première occupation humaine y est évoquée en 845, puis, en 966, d’un lieu-dit ’ Belmons ’. Ce toponyme fait référence à la situation insubmersible de ce petit promontoire qui a favorisé l’implantation d’un village aux portes de la ville médiévale. Une chapelle Notre-Dame-des-Miracles y est mentionnée. Au tout début du XIe siècle, l’abbaye de Beaumont, accueillant des moniales suivant la règle de Saint-Benoît, s’y implante.

Dès le XIIIe siècle, les sources décrivent un établissement religieux entouré de terres cultivées, de prairies et de vignes. L’abbaye elle-même est entourée d’une puissante clôture et partagée entre une cour d’accueil, une clôture régulière et des jardins et vergers destinés à nourrir les religieuses. Les effectifs de la communauté sont connus du XVIe au XVIIIe siècle : entre 25 et 35 soeurs de choeur, religieuses les plus nobles, affectées aux tâches spirituelles et qui ont été placées dès leur plus jeune âge par les familles de l’aristocratie et de la bourgeoisie. Le statut social privilégié de ces moniales est confirmé par les déchets que dégagent les archéologues dans le secteur des jardins et qui comprennent de coûteuses porcelaines importées de Chine. Les soeurs converses, en charge des travaux agricoles ou manuels, sont, elles, rarement évoquées dans ces archives.

La Révolution française marque la fin de l’établissement avant sa vente et démolition entre 1796 et 1810. En 1866 le site est acquis par l’hôpital Bretonneau pour y mettre en culture, par les aliénés, un potager destiné à nourrir les malades. Une partie du site accueillera des hôpitaux de campagne lors des crises épidémiques qui surviendront à Tours dans la seconde moitié du XIXe siècle. En 1913, le terrain est acheté par l’état pour y établir une caserne.

Un plan intégralement mis au jour

Les vestiges mis au jour par les archéologues dessinent parfaitement, dans sa totalité, le plan de l’église abbatiale, sa nef aux deux transepts à absidiole et le choeur dont la fouille met en évidence deux états distincts de constructions.

Au sud de la nef, se dressait un cloître bordé d’une galerie. Un vaste cellier, agrémenté de soupiraux, disposait d’un accès desservant quatre caves, dont l’une est pourvue d’un puits et une autre d’un escalier permettant de rejoindre le rez-de-chaussée et les cuisines de l’abbaye. L’aile sud du cloître était occupée par le réfectoire. L’aile orientale a également été mise au jour et comprenait selon les sources textuelles une sacristie, suivie de la salle capitulaire et d’une salle de la communauté.

Enfin, la chapelle Notre-Dame-des-Miracles, sans être formellement identifiée, semble correspondre à un bâtiment disposant d’une abside.
Une partie des maçonneries mises au jour correspondent au dernier état de l’abbaye, mais d’autres pourraient se rapporter à des états anciens. Les archéologues cherchent désormais à comprendre l’évolution de chaque bâtiment et à en identifier les fonctions.

Les espaces funéraires

Plusieurs espaces funéraires ont été identifiés. Le plus ancien se rapporte à un cimetière des IXe et Xe siècles, déjà partiellement fouillé lors d’une phase précédente en 2019-2020. Les autres correspondent au cimetière paroissial du XIIIe siècle et à ceux de l’établissement monastique des XIe-XVIIIe siècle. Pour ce dernier, des tombes ont également trouvé place dans l’église (nef, transepts et choeur), devant le portail, dans la salle capitulaire ou dans les galeries du cloître.


Les modes d’inhumations sont variés, et évoluent selon les époques. Les tombes des Xe ou XIe siècle sont constituées de simples planches de bois disposées en bâtière. Entre les XIIe et XVe siècles, elles correspondent à des coffrages anthropomorphes composés de blocs de calcaire. Enfin, les sépultures les plus récentes consistent en des cercueils en bois cloué ou d’un caveau.


Des vestiges de vêtements liturgiques ou de nappes d’autel, ainsi que de nombreux pots à encens sont présents dans des sépultures des XIIe-XVe siècles.

Du petit mobilier est laissé dans les tombes des XVIIe- XVIIIe siècles. Il se compose de nombreux objets de piété (perles de chapelets et petites croix en os). Quelques monnaies et médailles médiévales et modernes et un très grand nombre d’aiguilles sont aussi attestées.

La découverte la plus inattendue se compose d’une série de plus de 90 figurines polychromes (terre cuite, jais ou os), toutes fragmentées. Il s’agit probablement de statuettes de dévotion, ramenées à l’occasion de pèlerinages. Initialement présentes dans l’église, elles ont dû être endommagées lors d’évènements violents. Toujours investie d’une certaine sacralité, elles ont été enfouies dans une cache, en terre consacrée, sous le sol du lieu de culte. Découverte lors de travaux, entre 1796 et 1810, elles ont alors été rejetées dans une tranchée.

à l’occasion des journées européennes de l’archéologie, le site sera ouvert au public les 17 et 18 juin. Voir le programme.

Aménagement : LaSet

Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Centre)

Recherche archéologique : Inrap, Conseil départemental 37 (Sadil)
Responsable scientifique : Philippe Blanchard, Inrap

Le Sadil

Le Service archéologique du département d’Indre et Loire (Sadil) a été créé par le Conseil départemental en 2005. Il a pour mission de réaliser des diagnostics et des fouilles archéologiques en Touraine et d’en diffusion les résultats par des actions de médiation. Il assure également des missions de conseil ou d’expertise pour la protection et la valorisation du patrimoine historique et historique départemental.