L’extinction paradoxale des espèces les plus charismatiques

Eléphants, lions, girafes… Une équipe scientifique internationale, menée par Franck Courchamp, Directeur de Recherche CNRS au Laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution de l’Université Paris-Sud vient de publier une étude dont les résultats surprenant, à rebours des idées reçues, nous alertent sur l’extinction de certaines espèces animales sauvages, figurant pourtant parmi les plus appréciées du grand public.


Les espèces les plus charismatiques ont un statut particulier en Biologie de la Conservation : comme elles plaisent au public, elles sont beaucoup plus souvent mises en avant. En conséquence, une opinion courante est que leur protection est privilégiée au détriment des espèces plus « ordinaires ».

Dans ce contexte une équipe internationale de chercheurs, menée par Franck Courchamp, Directeur de Recherche CNRS au Laboratoire d’Ecologie, Systématique et Evolution de l’Université Paris-Sud (Université Paris-Saclay), a cherché à savoir quelles étaient ces fameuses espèces plus charismatiques que d’autres.

Dans une étude publiée dans PLoS Biology ce 12 avril 2018, ils ont établi, à partir de plusieurs approches complémentaires, une liste des espèces les plus charismatiques pour le public. Avec le lion, le tigre et l’éléphant en tête, cette liste ne contient pas vraiment de surprises, mais les chercheurs ont été étonnés de voir que ces espèces étaient, contrairement aux préconceptions, très menacées d’extinction, avec des déclins qui s’accélèrent encore depuis plusieurs années.

Deuxième surprise, la science ne connaît que très peu de choses sur ces espèces ; par exemple, le nombre précis de panthères, d’éléphants ou de gorilles vivant sur Terre. Une information pourtant d’importance et d’apparence basique, n’est toujours pas connue.

Troisième surprise, bien que ce soient les espèces préférées du public, celui-ci ignore qu’elles sont en train de disparaître, et donc ne risque pas de se mobiliser pour les sauver.

Biais marketing


Les chercheurs ont fait l’hypothèse que l’omniprésence de ces animaux dans la culture et le marketing biaisait la perception du public, qui a tendance à croire que ces animaux sont plus communs qu’ils ne le sont en réalité. à force de voir continuellement des représentations virtuelles de ces espèces, dans les films, les livres et jouets pour enfants, les publicités de toutes sortes, les gens ont l’impression que ces animaux sont en grand nombres, alors qu’ils sont en sévère déclin à l’état sauvage.

Les chercheurs ont par exemple montré qu’en moyenne une personne en France voyait durant un an plus de représentation de lions (photos, dessins, logos, marques) qu’il ne reste de lions dans toute l’Afrique de l’Ouest. « Sans le savoir, les entreprises utilisant des girafes, guépards et autres ours polaires à des fins de marketing contribueraient à fausser la perspective du public sur leur risque d’extinction et donc le soutien à la conservation de ces espèces » conclut Franck Courchamp. Les chercheurs proposent que les entreprises qui utilisent des espèces menacées à des fins de marketing contribuent aux campagnes d’information sur la conservation des espèces qui les représentent, et qu’une partie des (souvent énormes) bénéfices de ces entreprises soit reversée à leur protection.