Une étude génétique pour mieux comprendre les causes des AVC

Un consortium de recherche international étudiant 520 000 individus du monde entier a identifié 22 nouveaux facteurs de risque génétiques des accidents vasculaires cérébraux, triplant ainsi le nombre facteurs génétiques connus jusqu’à présent. Cette étude, rendue possible grâce aux technologies génétiques de haut débit et à de grandes collaborations internationales, permet des avancées importantes sur la compréhension de la biologie et des mécanismes responsables des AVC et l’identification de nouvelles cibles médicamenteuses. Les résultats de cette étude génétique, dans laquelle sont impliqués des chercheurs du centre de recherche Bordeaux Population Health, ont été publiés le 12 mars 2018, dans la revue internationale Nature Genetics.


Les AVC sont ladeuxième cause la plus fréquente de décès, la principale cause de handicap acquis et une des causes les plus importantes de démence dans le monde. Les mécanismes moléculaires sous-tendant la survenue des AVC sont encore mal connus, compliquant ainsi le développement de nouveaux traitements.

La plus grande étude jamais réalisée sur les AVC


L’étude se base sur des échantillons d’ADN de 520 000 participants européens, nordet sud-américains, asiatiques, africains et australiens, dont 67 000 ont eu un accident vasculaire cérébral. Ces échantillons proviennent de 29 grandes études.

Parmi les millions de variants génétiques analysés, 32 régions génomiques indépendantes ont été associées au risque d’AVC. Les deux tiers de ces facteurs de risque génétiques étaient encore inconnus jusqu’ici.

L’étude a été menée par les membres du consortium Megastroke incluant des groupes de recherche travaillant sur les AVC dans 20 pays : France, Allemagne, Royaume-Uni, Japon, États-Unis, Islande, Espagne, Suisse, Italie, Belgique, Suède, Norvège, Finlande, Estonie, Pologne, Singapour, Australie, aux Pays-Bas, au Danemark et au Canada. Cette collaboration à grande échelle a été facilitée par l’International Stroke Genetics Consortium qui rassemble des experts du monde entier dans le domaine de la génétique des AVC depuis plus de 10 ans.

« L’impact des variants génétiques sur le risque de développer un AVC étant individuellement très faible, un très grand nombre de participants est nécessaire pour les identifier. Pour rassembler un effectif suffisant notre groupe a bénéficié de nombreuses bases de données constituées par différents chercheurs au cours des dernières années », a déclaré le professeur de neurologie Martin Dichgans, co-responsable de cette étude et directeur de l’Institut de recherche sur les AVC et la démence (ISD) à l’université Ludwig-Maximilian (LMU) de Munich.

« Cette collaboration internationale à grande échelle a changé la donne ! »


 « Nous ne pouvons que souligner l’importance des collaborations internationales ayant permis de combiner des études menées dans des populations d’origine ethnique différente, une valeur ajoutée majeure lorsqu’on s’intéresse à la génétique des maladies communes telles que les AVC, explique Stéphanie Debette, co-responsable de l’étude, neurologue et professeur d’épidémiologie (université de Bordeaux et CHU de Bordeaux).
Pour la directrice d’équipe du centre de recherche Bordeaux Population Health (BPH, unité Inserm et université de Bordeaux), « cette collaboration intercontinentale a véritablement changé la donne pour la découverte de nouveaux facteurs de risque génétiques des AVC ! »

En explorant plus en détail les régions génomiques repérées dans l’étude comme étant associées aux AVC, les chercheurs ont remarqué que plusieurs d’entre elles se recoupent avec des régions génomiques déjà impliquées dans la susceptibilité à d’autres pathologies vasculaires telles que la fibrillation auriculaire, la maladie coronarienne, la thrombose veineuse, ou aux facteurs de risque vasculaire, en particulier l’hypertension artérielle.

Des résultats qui illustrent le potentiel de la génétique pour la découverte de médicaments 


« Ces découvertes génétiques représentent un premier pas vers le développement de traitements personnalisés pour cette maladie complexe. Ils mettent en évidence plusieurs voies biologiques nouvelles impliquées dans les AVC, qui pourraient conduire à la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques »déclare Stéphanie Debette.

Les AVC peuvent provenir d’altérations de diverses parties du système cardiovasculaire, incluant les grosses artères, les petites artères, le coeur et le système veineux. Les chercheurs ont identifié des facteurs de risque génétiques impliqués dans chacun de ces mécanismes. Ils ont démontré que certains facteurs de risque génétiques contribuent à des sous-types mécanistiques spécifiques d’AVC et d’autres à la prédisposition aux AVC de façon plus globale. Ils ont trouvé des influences génétiques communes sous-tendant les AVC dus à l’occlusion d’une artère (la forme la plus fréquente) et les AVC dus à la rupture d’un vaisseau (la forme la plus catastrophique d’AVC), alors que ceux-ci étaient jusqu’ici attribués à des mécanismes opposés.

Références


Rainer Malik and al. Multiancestry genome-wide association study of 520,000 subjects identifies 32 loci associated with stroke and stroke subtypes.