L’ADN de pépins de raisin de l’époque romaine et médiévale révèle des parentés inattendues avec des cépages modernes

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Pépins de raisins gallo-romains © Laurent Bouby

Pépins de raisins gallo-romains © Laurent Bouby

Quels étaient les cépages en vogue aux temps anciens - Ressemblaient-ils à ceux que nous cultivons aujourd’hui - Un consortium international impliquant l’Inra, le CNRS et l’Université de Montpellier1, vient d’offrir un regard nouveau sur la viticulture à l’époque romaine et médiévale. Les chercheurs ont séquencé l’ADN de 28 pépins retrouvés dans des sites archéologiques en France, puis ont comparé leur génome à celui de cépages modernes. Ils ont ainsi retrouvé le Savagnin blanc, un cépage populaire dans le Jura, dans un site archéologique datant du Moyen-Âge, près d’Orléans. Ils ont aussi établi des liens de parenté entre des cépages comme le Pinot Noir et la Syrah et des variétés romaines. Ces recherches montrent que les viticulteurs romains propageaient leurs cépages par bouturage à travers d’amples territoires. Ces recherches, publiées le 10 juin 2019 dans Nature Plants, ouvrent la voie à une véritable généalogie des cépages et offrent de nouvelles perspectives sur les caractéristiques des vins anciens.

Les naturalistes romains comme Pline l’Ancien ont décrit en détail les variétés de raisin cultivées au premier siècle avant notre ère. Mais il était impossible, jusqu’à présent, d’établir des liens généalogiques entre cépages anciens et modernes et de connaître l’origine des vignes actuelles. Les travaux d’un consortium international de recherche changent la donne. Les chercheurs ont extrait et séquencé l’ADN de 28 pépins de raisin provenant de 9 sites archéologiques datant de l’âge de fer (500 ans avant notre ère), de l’époque romaine et du Moyen-Âge. Ils ont ensuite recherché des connections génétiques entre ces vignes anciennes et plusieurs centaines de variétés modernes de la collection de ressources génétique de l’Inra.

Amphores vinaires sur le site gallo-romain de Magalas, Hérault (Fouilles Inrap) © Inrap, Olivier Ginouvez Les chercheurs ont retrouvé,dans un site proche d’Orléans datant d’il y a 900 ans, un pépin dont l’ADN est identique à celui du Savagnin Blanc actuel. Les vignerons l’ont donc conservé égal à lui-même, par bouturage ou greffage, depuis des siècles. Le Savagnin Blanc, connu aussi sous le nom de Traminer, donne les vins jaunes bien connus du Jura. Il est aussi cultivé en Europe Centrale.

Les scientifiques ont pu établir des liens de parenté étroits entre des pépins de l’époque romaine retrouvés dans le sud de la France et deux des plus célèbres familles de cépages : la Syrah et le Pinot noir. La Syrah, emblématique des vins de la Vallée du Rhône, est l’un des cépages les plus plantés dans le monde. Le Pinot noir est le grand cépage de qualité des vins de Bourgogne. Ces travaux montrent qu’ils portent sur eux plus deux mille ans d’histoire. L’ADN a aussi permis d’établir des liens de parenté direct entre des cépages romains et de cépages suisses comme l’Humagne blanc et l’Amigne. A noter que ces variétés modernes s’épanouissent aujourd’hui bien loin des terres méditerranéennes où leurs parents romains ont été retrouvés.

Ces travaux permettent en outre d’en savoir plus sur les techniques viticoles en place dès l’époque romaine. Les chercheurs ont montré que des pépins retrouvés sur deux sites romains contemporains, mais distants de 600 kilomètres, correspondent au même cépage. Ils confirment ainsi que les viticulteurs d’il y a 2000 ans savaient maintenir et propager leurs cépages grâce au bouturage et au greffage, exactement comme le font les producteurs de vin d’aujourd’hui.

En exposant les racines lointaines des cépages, ces résultats donnent un sens nouveau à l’idée de terroir. Ils pourraient motiver les producteurs de vins à revisiter des variétés peu exploitées aujourd’hui, mais dont les proches parents étaient en vogue au temps des bacchanales. 1Ces travaux ont été financés par le Conseil danois pour la recherche indépendante, la Fondation nationale danoise pour la recherche et pour la France, l’Agence nationale de la recherche.

(04 99 61 30 96) Unité Amélioration génétique et adaptation des plantes méditerranéennes et tropicales (Inra, Cirad, Montpellier SupAgro)


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