Le remplacement du bisphénol A par le bisphénol’S conduit à augmenter l’exposition à une substance hormonalement active

photo canette

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Publiée le 17 juillet 2019 dans Environmental Health Perspectives, l’étude menée par l’équipe Gestation et perturbateurs endocriniens de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT) et du laboratoire Toxalim (ENVT/Inra/Toulouse INP Purpan/UT3 Paul Sabatier), en collaboration avec les Universités de Montréal et de Londres a montré chez l’animal que le bisphénol S (BPS) persiste plus longtemps dans l’organisme et à des concentrations beaucoup plus élevées que le bisphénol A (BPA). En raison des propriétés oestrogéno-mimétiques du BPS comparables à celles du BPA, le remplacement du BPA par le BPS conduit ainsi à multiplier par environ 250, les concentrations dans le sang d’une substance hormonalement active. Ce résultat montre que l’évaluation de l’exposition est critique pour la recherche d’alternatives à des substances préoccupantes et pourrait permettre d’éviter une substitution regrettable.

En raison de mesures restrictives de son utilisation dans un grand nombre de pays dont la France, les industriels ont progressivement remplacé le bisphénol A (BPA) par des analogues structuraux, principalement le bisphénol S (BPS). Les recherches menées par l’équipe chez le porcelet montrent que la quantité de BPS ingérée qui accède à la circulation sanguine générale est environ 100 fois supérieure à celle du BPA. La biodisponibilité orale du BPS qui en résulte (57%) très supérieure à celle du BPA (0.50%), associée à sa plus lente élimination de la circulation sanguine (environ 3.5 fois inférieure) conduit à des concentrations de BPS dans le sang environ 250 fois supérieures à celles du BPA.

Étant donné le caractère comparable des fonctions gastro-intestinales du porc et de l’homme, ces résultats suggèrent que le remplacement du BPA par le BPS pourrait conduire à augmenter l’exposition de l’homme à un composé hormonalement actif. Bien que les données toxicologiques soient encore insuffisantes pour évaluer le danger associé, ces résultats soulignent l’importance de l’estimation de l’exposition dans le processus d’analyse du risque pour la santé humaine lié à la substitution de substances préoccupantes.

Les bisphénols constituent une famille de produits chimiques organiques de synthèse qui sont très majoritairement employés pour la fabrication de plastiques de type polycarbonates ainsi que pour la fabrication de certaines résines époxy (notamment utilisées dans les cannettes et boîtes de conserve), ou encore en tant que révélateurs pour la majorité des papiers thermiques (les tickets de caisse par exemple).
Il existe plus de vingt bisphénols, parmi lesquels les bisphénols A et S sont les plus utilisés. En raison de leurs propriétés oestrogéno-mimétiques, c’est-à-dire leur capacité de mimer les effets de l’oestradiol et de leurs applications l’utilisation du bisphénol A et du bisphénol S est règlementée.

En 2011, l’Union européenne a interdit l’utilisation du bisphénol A dans les biberons en plastique pour nourrissons et, en 2012, la France a adopté une loi plus générale visant « la suspension de la fabrication, de l’importation, de l’exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement, contenant ou ustensile comportant du bisphénol A et destiné à entrer en contact direct avec des denrées alimentaires » (LOI n° 2012-1442 du 24 décembre 2012).

En 2017, le classement du bisphénol A, par l’Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) comme substance extrêmement préoccupante, a renforcé le recours à des alternatives dont principalement le bisphénol S.

Référence :

Oral Systemic Bioavailability of Bisphenol A and Bisphenol S in Pigs
Véronique Gayrard1,2, Marlène Z. Lacroix3, Flore C. Grandin1,2, Séverine H. Collet1,2, Hanna Mila1,2, Catherine Viguié1,2, Clémence A. Gély1,2, Blandine Rabozzi1,2, Michèle Bouchard4, Roger Léandri5, Pierre-Louis Toutain3,6, Nicole Picard-Hagen1,2

1. ToxAlim (Research Centre in Food Toxicology), Université de Toulouse, INRA, ENVT, INP-Purpan, UPS (Toulouse France) 2. Université de Toulouse, ENVT, INP-Purpan, UT3 (Toulouse, France) 3. INTHERES, Université de Toulouse, INRA, ENVT (Toulouse, France 4. Université de Montréal, (Montréal, Canada, H3C 3J7) 5. EA 3694 Human Fertility Research Group, Toulouse University Hospital (Toulouse, France) 6. The Royal Veterinary College, (University of London, London)

Lien vers l’article : doi.org/10.1289/EHP4­599


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