Les effets de la pleine conscience chez des enfants scolarisés

Une équipe pluridisciplinaire bordelaise vient de publier les résultats de la première étude francophone sur les effets de la méditation de pleine conscience chez les enfants à l’école primaire. Grégory Michel, professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux et chercheur à l’Institut des sciences criminelles et juridiques et coordinateur de l’étude, fait le point.

Médiatisée depuis quelques années, la méditation a largement traversé les murs des temples bouddhistes pour toucher toutes les sphères, aussi bien privées que publiques. La forme dite « de pleine conscience » lancée dans les années 80 par le médecin américain Jon Kabat-Zinn séduit particulièrement pour son approche laïque et épurée.

Cette forme de méditation, scientifiquement reconnue et utilisée dans 250 hôpitaux et cliniques à travers le monde, permet d’expérimenter la conscience de soi, de son corps, de ses ressentis, de sa respiration et des autres, afin d’appréhender et de vivre l’instant présent , qu’il soit positif ou négatif.

L’université de Bordeaux vient de publier les résultats de la première étude francophone sur les effets de cette méthode sur la réussite scolaire et le bien-être des enfants à l’école, réalisée en partenariat avec le Centre Bordeaux Population Health ( BPH - Inserm unité 1219 ), l’Institut des sciences criminelles et juridiques ( ISCJ ), et l’association Enfance et attention.

Durant 8 semaines, des élèves en classe de maternelle jusqu’au CM2 ont bénéficié de la méthode d’Eline Snel « Calme et attentif comme une grenouille : l’attention ça marche ! » L’étude portait sur l’évaluation de séances effectuées en classe par un instructeur formé, avec pour objectif d’étudier les comportements, les interactions en classe ainsi que l’évolution des capacités de concentration et d’apprentissage des élèves.

Comment est venu le sujet de l’étude et comment avez-vous constitué l’équipe de recherche ?

Grégory Michel : Travaillant depuis plus de vingt ans sur les comportements à risques et violents et les problèmes de santé mentale, j’ai souhaité donner une orientation plus interventionniste à mes recherches en développant des programmes en amont des difficultés comportementales. Aussi, dans une optique de recherche translationnelle , nous avons souhaité implanter un programme de prévention précoce en nous basant sur une approche positive de la santé, qui tend davantage à développer les aptitudes, les expériences positives, les facteurs de protection que de réduire seulement les facteurs de vulnérabilité.

Étant moi-même familier depuis plus de trente ans aux techniques de la méditation, j’ai souhaité travaillé sur un programme basé sur la pratique de la mindfulness que l’on peut traduire par « pleine conscience ». Nous avons choisi un programme basé sur le Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR) développé par Jon Kabat-Zinn de l’Université du Massachussetts. Il s’agit du programme développé pour les enfants à partir de 4 ans par Eline Snel « Calme et attentif comme une grenouille ».

L’équipe a été constituée d’étudiants, de post-doctorants, spécialisés en psychologie clinique et psychoépidémiologie, d’ingénieurs de recherche, mais aussi de chercheurs étrangers (Université de Santa Barbara). Nous avons travaillé avec l’association Enfance et attention qui nous a permis de travailler dans plusieurs écoles en France et Belgique.

Quels sont les premiers résultats ? 

G. M. : Notre étude nous a permis de collecter de très nombreuses données auprès de plus de 300 enfants ainsi que de leurs parents et de leurs enseignants. Bien que nos analyses statistiques ne soient pas encore totalement terminées, nous avons souligné tout d’abord que sur l’ensemble de nos élèves répartis de la moyenne section (MS) de maternelle jusqu’au CM2, l’intervention mindfulnessagit après 8 semaines sur les problèmes émotionnels de type anxiété, stress et émotions négatives.

Mais c’est surtout sur les enfants présentant de fortes difficultés émotionnelles, comportementales avant intervention que les résultats sont les plus significatifs. Par exemple, ces enfants, qui sont surtout âgés entre 6 et 9 ans, arrivent à développer une meilleure présence attentive, ainsi qu’à bonifier les relations avec les copains. Lorsqu’ils sont en âge de répondre (à partir du CM1), les enfants relatent également un bien-être supérieur tant sur le plan physique, psychologique, familial que scolaire, une plus grande propension au bonheur et une baisse significative de l’anxiété.

On peut également indiquer que nos travaux semblent indiquer que la pleine conscience est plus efficace chez les enfants à partir de 6/8 ans et qu’elle agit davantage sur les sphères émotionnelles et psychosociales.

Les résultats positifs étant démontrés, l’étude fait-elle écho auprès des pouvoirs publics ?

G. M.  : L’intérêt pour le bien-être des enfants est un enjeu important tant sur le plan de la santé que sur celui de la réussite éducative. Une bonne santé, une acquisition des ressources psychiques pour faire face aux adversités, aux vicissitudes la vie est une ressource importante pour le développement de l’Homme et pour un bon développement économique pour une société... C’est dans cette perspective que les pouvoirs publics commencent à s’intéresser en France aux effets positifs de la méditation sur les élèves.

Par exemple, une première rencontre a eu lieu au printemps de cette année avec le Ministère des affaires sociales et de la santé. Plus récemment, courant juin dans le cadre d’une audition à l’Assemblée nationale par le groupe de travail « Santé à l’école », nous avons, avec Initiative Mindfulness France, présenté la pleine conscience et ses effets sur les enfants via les premiers résultats de notre étude. C’est, nous l’espérons, une première étape pour le développement chez les jeunes d’une nouvelle approche de la promotion de la santé, de l’apprentissage, qui pourrait s’inscrire dans une logique de réduction des inégalités sociales de santé et de réussite...

La méditation de pleine conscience est la traduction de l’expression anglaise Mindfulness, elle-même issue du mot sanskrit Smrti qui signifie à la fois « mémoire », « conscience » et « attention ».


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