Essais nucléaires et santé. Conséquences en Polynésie française : Une expertise collective de l’Inserm

Les essais nucléaires atmosphériques réalisés par la France en Polynésie française entre 1966 et 1974 ont entraîné des retombées radioactives dont les conséquences sanitaires sont encore mal connues. À la demande du ministère de la Défense, l’Inserm a réalisé une expertise collective pour évaluer les conséquences sur la santé humaine des essais nucléaires en Polynésie française. Les chercheurs estiment que le lien entre des pathologies et ces essais nucléaires est difficile à mettre en évidence dans la population polynésienne. L’expertise propose plusieurs mesures qui permettraient de mieux appréhender ces risques, et rappelle les dommages sanitaires établis des rayonnements ionisants.

L’expertise collective de l’Inserm a été demandée par le ministère de la Défense, via l’Observatoire de la santé des vétérans en 2013, afin de d’évaluer l’intérêt d’une étude épidémiologique de grande ampleur sur les conséquences sanitaires sur la population générale et les anciens travailleurs civils et militaires, des essais nucléaires atmosphériques menés par la France en Polynésie française entre 1966 et 1974. Pendant cette période, 46 essais de ce type ont eu lieu à Moruroa et Fangataufa. Plus largement, l’expertise s’est intéressée aux conséquences de ces essais sur la santé des populations.

Pour répondre à cette question, un groupe pluridisciplinaire de dix scientifiques réunissant des compétences en sociologie, épidémiologie, dosimétrie, radiobiologie et génétique, a établi un bilan des connaissances actuelles sur l’association entre essais nucléaires et santé humaine. Compte tenu de la rareté des études épidémiologiques spécifiques à la Polynésie française, l’analyse a été élargie aux données disponibles sur les dommages sanitaires des essais nucléaires atmosphériques réalisés par d’autres pays, notamment par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’ex-URSS. Le groupe d’experts a complété ce travail par l’étude des dommages sanitaires causés par d’autres types d’exposition aux rayonnements ionisants : bombardements atomiques, accidents nucléaires, exposition professionnelle des travailleurs de la filière nucléaire, expositions médicales.

Ils se sont intéressés en particulier aux pathologies qui peuvent être radio-induites (cancers, maladies cardio-vasculaires, cataracte), aux effets sur la reproduction et le développement, et aux effets sur la descendance, notamment en cas d’exposition de longue durée et à de faibles doses.
Ils ont analysé au total 1150 documents de nature sociologique, épidémiologique, biologique, ou portant sur les méthodes d’estimation des doses de rayonnements ionisants reçues lors d’expositions anciennes.

Améliorer le recueil des données

Il existe deux études épidémiologiques principales qui analysent le lien entre les retombées radioactives des essais nucléaires et la santé des populations polynésiennes. Une etude cas-temoins menee sur 602 polynésiens (229 cas diagnostiqués d’un cancer de la thyroïde entre 1983 et 2001, et 373 témoins) suggérant une augmentation du risque de cancer de la thyroide en lien avec l’augmentation de la dose de radioactivité recue a la thyroide avant l’age de 15 ans. Une etude menee sur les vétérans présents sur les sites d’essais nucléaires de la France en Polynésie entre 1966 et 1996 met en evidence une augmentation du risque de mortalite par hemopathies malignes (un type de cancer du sang) chez les individus dont le suivi dosimétrique indiquait une exposition aux rayonnements ionisants.

Bien qu’insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre les retombées des essais nucléaires atmosphériques et la survenue de pathologies radio-induites en Polynesie francaise, ces résultats ne permettent pas non plus d’exclure l’existence de conséquences sanitaires.

L’expertise émet plusieurs recommandations. Elle préconise d’améliorer le recueil des données de santé en consolidant le registre des cancers de Polynésie française et en en créant d’autres pour les maladies cardiovasculaires et les anomalies congénitales. Elle propose également des pistes pour affiner les estimations de doses reçues par les populations locales et par les personnels civils et militaires ayant participé aux essais.

Enfin, les experts rappellent l’importance de continuer à surveiller la littérature scientifique internationale, notamment sur les effets des faibles doses de rayonnements ionisants, en particulier sur certains cancers non reconnus à ce jour comme pouvant être radio-induits, mais aussi sur les maladies cardiovasculaires et sur la descendance.


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