Développement de la biotechnologie industrielle : une reconnaissance européenne pour le projet français IBISBA

projet IBISBA

projet IBISBA

L’ESFRI 1 a présenté le 11 septembre 2018 à Vienne (Autriche) sa feuille de route 2018. Parmi les projets sélectionnés pour la feuille de route européenne des infrastructures de recherche, le projet porté par la France, IBISBA 2 , a pour ambition de fédérer les forces de R&D européennes pour créer une infrastructure de recherche dédiée au développement de la biotechnologie industrielle. Coordonné par l’Inra, il rassemble 14 partenaires de 9 pays européens 3 , dont pour la France le CEA, l’Insa Toulouse et l’Université de Nantes. La vocation du projet : augmenter les interactions entre les laboratoires publics et la recherche industrielle, afin d’accélérer la production de connaissances et leurs applications. Ses objectifs : générer des preuves de concept, développer des méthodologies standardisées, constituer un environnement adapté pour la formation d’une nouvelle génération de professionnels pour la biotechnologie industrielle.

Les ambitions du projet IBISBA, en gestation depuis 2014, sont actuellement portées par un consortium de 14 partenaires coordonné par l’Inra (voir encadré). Le projet de création d’une infrastructure européenne a été porté à l’attention de l’ESFRI par la France dans une démarche officiellement soutenue par l’Espagne, la Finlande, l’Italie, la Grèce et les Pays-Bas. La candidature du projet a également bénéficié du soutien d’organismes de recherche en Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, et d’un certain nombre d’acteurs économiques. Sa reconnaissance à l’échelle européenne officialisée le 11 septembre 2018 est une étape clé pour le projet, afin de constituer un lieu d’excellence en matière de développement préindustriel de bioprocédés, et un carrefour situé à l’interface de la recherche fondamentale et de la R&D industrielle.

La biotechnologie industrielle, une pierre angulaire de la bioéconomie

Il est généralement reconnu que la biotechnologie industrielle figure parmi les technologies clés pour la transition vers la bioéconomie. En effet, les catalyseurs biologiques (enzymes, microorganismes) sont particulièrement bien adaptés à la transformation des biomolécules qui composent les ressources renouvelables, comme la matière végétale. Ils présentent l’avantage de fonctionner le plus souvent dans des conditions réactionnelles douces et en milieu aqueux. De plus, la biotechnologie industrielle présente la capacité de répondre à de nombreux besoins sociétaux : production de carburants, molécules chimiques nécessaires à la fabrication de plastiques et autres matériaux biosourcés, ingrédients chimiques pour les secteurs cosmétiques et pharmaceutiques, solutions pour le recyclage de déchets, comme le plastique.

Les laboratoires français au sein d’IBISBA

La genèse d’IBISBA se trouve essentiellement dans la création de Toulouse White Biotechnology (TWB), un démonstrateur pré-industriel créé à l’aide d’un financement acquis en 2011 dans le programme d’investissements d’avenir et avec l’implication scientifique forte du Laboratoire d’Ingénierie Systèmes Biologiques et Procédés (une unité mixte de recherche INSA de Toulouse, Inra et CNRS), un poids lourd de la recherche nationale en biotechnologie industrielle. La création de TWB a permis aux laboratoires toulousains d’expérimenter de nouvelles modalités de collaboration public-privé et de conduire plusieurs projets de grandes ambitions. Fort de cette expérience concluante et le renforcement par d’autres laboratoires publics du CEA, du CNRS et de l’Inra et de l’Université de Nantes, il a été possible de créer une dynamique et une présence française forte au sein du consortium européen IBISBA.

Des exemples phares en biotechnologie industrielle

Depuis 2011, des partenaires français d’IBISBA ont contribué à plusieurs projets de grandes ambitions visant le développement de solutions durables pour des secteurs commerciaux différents. On peut prendre en exemple deux projets emblématiques THANAPLAST (financé par BPI France) et SYNTHACS (financé par l’ANR) :

Le projet THANAPLAST , conduit en collaboration avec la société CARBIOS, a permis de faire émerger des solutions innovantes pour la gestion de la fin de vie des plastiques. Le projet a conduit d’une part au développement d’un bioprocédé pour la biodégradation de certains plastiques biosourcés et d’autre part à une stratégie enzymatique pour le biorecyclage du PET, le plastique fréquemment utilisé dans les objets de notre quotidien.

Le projet SYNTHACS , en partenariat avec la société Adisseo, spécialiste de la nutrition animale, a permis d’inventer une nouvelle voie de synthèse biologique d’un intermédiaire de l’acide aminé, la méthionine l’un des composants essentiels de l’alimentation animale. La synthèse de cette molécule à partir de glucose par une bactérie modifiée constitue une alternative durable à la synthèse actuelle par voie chimique à partir de ressources fossiles.

1 Le Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche (ESFRI) a été créé en 2002. Il a un rôle clé dans l’élaboration de la politique en matière d’infrastructures de recherche en Europe.
2 IBISBA pour « Industrial Biotechnology Innovation and Synthetic Biology Acceleration »
3 Les partenaires du projet IBISBA : Belgique (Vito), Finlande (VTT), France (CEA, Inra, INSA Toulouse, Université de Nantes), Allemagne (RWTH Aachen University, Fraunhofer IGB/CBP), Pays-Bas (Wageningen UR), Grèce (National Technical University of Athens), Italie (Consiglio Nazionale delle Ricerche), Espagne (Centro de Investigaciones Biológicas (CSIC), Universitat Autònoma de Barcelona), Royaume-Uni (Manchester Institute of Biotechnology).