Le CNRS et FAPESP signe un accord pour la collaboration franco-brésilienne

Un nouvel accord signé entre le CNRS et la FAPESP, une des plus importantes agences de financement de recherche au Brésil, ouvre de nouvelles perspectives pour la coopération scientifique dans la région. Retour sur les motivations et les impacts de la collaboration avec le directeur administratif de la FAPESP, Fernando Menezes de Almeida.

Dans un accord signé lors de l’inauguration de la Maison du CNRS le 27 mars à l’université de Sao Paolo (USP), la FAPESP 1 --agence de financement pour la recherche de l’état de Sao Paolo - a autorisé les scientifiques du CNRS à bénéficier, dans le cadre de l’International Research Center (IRC) 2 avec l’USP, de ses mécanismes financiers, un cas unique à l’échelle mondiale. Pourquoi ce choix d’ouvrir vos financements au CNRS ?

Fernando Menezes de Almeida 3 : Le CNRS est un partenaire stratégique pour nous, tout comme la France est un partenaire stratégique pour le Brésil, notamment dans le domaine de la recherche scientifique et de la production de connaissances. L’origine du système universitaire et de recherche pauliste est historiquement étroitement liée aux universités françaises et à la politique française. Il y a donc une proximité stratégique entre nos deux pays. Dans le cadre de l’IRC entre le CNRS et l’USP , c’est un mouvement du CNRS vers São Paulo.

La FAPESP dispose d’outils exclusifs qui sont habituellement réservés aux institutions de recherche liées à l’État de São Paulo. Cependant, cette exclusivité impliquait une limitation quant au rattachement du chercheur à son institution. Avec ce nouvel accord, nous avons décidé d’étendre cette opportunité aux chercheurs du CNRS lié à l’IRC, les considérant désormais comme des chercheurs de l’État de São Paulo.

Pourriez-vous détailler lesdits mécanismes financiers, dotés d’un budget de plus de 5 millions d’euros ?

F. M.A. : Ce montant de plus de 5 millions d’euros est alloué par la FAPESP à l’université de São Paulo dans le cadre du partenariat concernant l’IRC. Les chercheurs ont le droit de demander des financements à la FAPESP de manière libre, tout en considérant que ce budget est prioritaire pour l’IRC. Les projets peuvent aller au-delà de ce montant initial. La FAPESP organise ses financements selon différentes lignes budgétaires, avec des projets pouvant durer d’un an à dix ans. Ces financements varient de quelques centaines de milliers à des dizaines de millions d’euros en fonction de l’envergure des projets soutenus. Nous avons donc ouvert l’accès à tous les outils de la FAPESP aux chercheurs CNRS impliqués dans l’IRC.

Les mécanismes financiers comprennent des bourses pour tous niveaux (licence, master, doctorat, post-doctorat), ainsi que des financements pour soutenir des projets de recherche (équipements et fonctionnement de laboratoires, réunions scientifiques, publications et déplacements, etc.). Il existe différents types de bourses qui visent à renforcer la recherche au Brésil et à favoriser les collaborations internationales, notamment avec le CNRS.

Nous proposons également des bourses de soutien financier, notamment la bourse « jeune chercheur ». Il s’agit d’un type de post-doctorat renforcé, où le bénéficiaire reçoit une allocation significative, adaptée au coût de la vie au Brésil, ainsi qu’un financement pour la création d’un laboratoire. L’objectif est d’attirer des chercheurs pour lancer de nouveaux axes de recherche, même s’ils n’ont pas encore de lien institutionnel avec la USP, ou une autre institution de recherche à São Paulo. Cette aide peut être octroyée sans la partie bourse au cas où le chercheur est déjà employée par une autre institution. Ceci n’est qu’un exemple, mais il en existe d’autres tels que des appels pour la mobilité des doctorants, et bien plus encore.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme South Atlantic Ocean and Antarctic (PROASA). Comment renforce-t-il la coopération scientifique franco-brésilienne ?

F. M.A. : Ces dernières années, une collaboration étroite entre la France et le Brésil, spécifiquement entre le CNRS et la FAPESP, a donné naissance à un projet ambitieux : PROASA, dont l’objectif est de recueillir de nouvelles connaissances sur l’Atlantique Sud et l’Antarctique. L’Atlantique Sud est une région dont l’étude est utile pour la recherche scientifique, mais qui reste beaucoup moins explorée/étudiée que l’Atlantique Nord. Et tandis que la France est active en Antarctique, le Brésil montre un vif intérêt pour cette région. L’Université de São Paulo dispose de solides structures de recherche, et la FAPESP est fortement engagée dans ce domaine, ayant même financé l’acquisition du bateau océanographique de l’USP pour explorer l’Atlantique Sud.

En parallèle, et sur la même thématique, le CNRS est un acteur majeur de l’initiative pour la céation de l’Intergovernmental Panel for Ocean Sciences (IPOS) . En avril 2023, il a convié à Bruxelles 15 institutions de recherche - dont la FAPESP et l’Université de São Paulo - à former une coalition pour soutenir l’IPOS. Cette coalition oeuvre à obtenir un soutien politique crucial pour la création de l’IPOS auprès des Nations-Unis avec notamment comme date emblématique la conférence des Nations-Unies sur l’Océan en juin 2025.

Ces deux initiatives soulignent les efforts partagés par le CNRS, la FAPESP et l’USP sur la thématique de l’océan, considérant que l’exploration océanographique est l’un des sept axes thématiques de l’IRC 4 . Le CNRS avait d’ailleurs invité la FAPESP à participer à la COP 28 à Dubaï, au sein du Pavillon Océan. Ces initiatives illustrent deux visions complémentaires de la coopération scientifique entre nos pays.

Comment jugez-vous le déménagement du bureau du CNRS au Brésil à São Paulo , au sein de la Maison du CNRS ?

F. M.A. : Le déménagement du bureau du CNRS à São Paulo est un mouvement très important et stratégique pour nous. Cela témoigne de la reconnaissance de la force de notre partenariat, en particulier dans le cadre de l’IRC. C’est le résultat d’un travail collaboratif fructueux et cohérent entre nos deux institutions. Ce déménagement donnera une impulsion à une nouvelle étape de notre collaboration, intensifiant encore notre intérêt commun pour la recherche scientifique.


    1 La FAPESP est une fondation publique pour la recherche scientifique de São Paulo dont le but est de fournir des fonds pour soutenir la recherche scientifique et technologique aux institutions publiques et privées de recherche, y compris des entreprises, basées dans l’État de São Paulo.

    2 Un IRC est un nouveau dispositif institutionnel qui vise à instaurer un dialogue stratégique ambitieux entre le CNRS et son partenaire académique pour définir leurs intérêts communs et les collaborations leur permettant d’y répondre ensemble, sous la forme de laboratoires de recherche internationaux, de projets de recherche, de réseaux thématiques ou d’autres dispositifs existants ou à développer.

    3 Directeur administratif de la FAPESP depuis 2017, Fernando Menezes de Almeida est professeur à la Faculté de droit de l’USP. Il a été secrétaire adjoint du Secrétariat à la Science, à la Technologie et au Développement Économique de l’État de São Paulo (2004-2006), conseiller à la présidence de la FAPESP (2007-2016). Il a été professeur invité aux Universités Jean Moulin Lyon 3, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Lumière Lyon 2 et Jean Monnet de Saint-Etienne.

    4 L’IRC entre le CNRS et l’USP a pour axes de recherche : les Sciences humaines et sociales, Terre et Océan, Agriculture et Décarbonation, les Technologies quantiques, les Sciences biologiques et l’Immunologie.