[podcast] Consommer plus responsable, casse-tête inextricable ?

Les pratiques dites responsables ont le vent en poupe © PurPura pixabay

Les pratiques dites responsables ont le vent en poupe © PurPura pixabay

Pour un monde meilleur, il faut consommer responsable. Difficile d’ignorer cet impératif. Mais qu’est-ce que cela veut dire - Et est-ce à la portée de tous - Le 10 décembre dernier, les Rencards du savoir abordaient obstacles à lever et conseils pratiques pour un renouveau de notre consommation.

Au pied du sapin, les cadeaux de cette année étaient-ils tous flambant neuf - Le père Noël a peut-être eu la fibre plus écolo (et économe) qu’à l’accoutumée. Dans une enquête réalisée par l’institut Harris Interactive*, 16% des sondés déclaraient en effet qu’ils allaient opter pour des produits d’occasion ou reconditionnés pour la première fois. Si l’intérêt économique est la première motivation mentionnée, les trois quarts des personnes interrogées affirmaient également que l’impact environnemental rentrait dans leurs priorités.

De bonnes intentions de façade - Les raisons de consommer « responsable » sont, de toute manière, aussi nombreuses que les pratiques ainsi qualifiées. Manger bio et/ou local, éviter les emballages plastiques, choisir des fruits et légumes de saison peut être motivé tant par l’envie de préserver l’environnement, d’aider certains producteurs que de prendre soin de sa santé.

Les intervenants du café-débat du 10 décembre dernier, organisé en partenariat avec les Regards croisés de la ville de Pessac, ont dépeint les multiples facettes que revêt cette ambivalente consommation responsable. Sandrine Gombert-Courvoisier, maître de conférences en écologie et écologie humaine à l’ ENSEGID-Bordeaux INP (École nationale supérieure en environnement, géoressources et ingénierie du développement durable), Nathalie Corade, maître de conférences en économie à Bordeaux Sciences Agro (BSA) et Julien Auzarel, directeur de l’ association Envie Gironde étaient réunis autour d’une question : peut-on vraiment changer nos modes de consommation ?

Une progression inégale

Les intervenants sont unanimes : les pratiques dites responsables ont le vent en poupe. Une évolution à apprécier sur le long terme mais qui bouscule déjà les normes de notre société. « Les personnes qui consommaient de seconde main, partageaient des produits ou prolongeaient leur durée de vie pour des raisons économiques voient aujourd’hui leurs pratiques s’inscrire dans une nouvelle norme sociale, une norme pro-environnementale. Ce qui était dévalorisé il y a quelques années devient ainsi valorisant » explique Sandrine Gombert-Courvoisier.

Ce soir le Rencard du Savoir est en partenariat avec @Villedepessac diffusé sur la chaîne YouTube de la ville. Consommer responsable est-ce vraiment possible - pic.twitter.com/wFdjoFyOOV

— Anne Lassègues (@ALassegues) December 10, 2020

Cet engouement a néanmoins des limites. L’implantation territoriale des commerces dédiés est notamment jugée encore trop inégale. « Dès que l’on s’éloigne des villes, l’accès à des offres de produits reconditionnés devient très difficile, voire impossible » constate ainsi Julien Auzarel. Nathalie Corade souligne quant à elle que, si les ruraux ont les mêmes désirs d’accessibilité à de l’alimentation locale et de qualité que les citadins, « de façon surprenante, comme elle est en grande partie acheminée dans les villes, il existe une vraie compétition pour la ressource. »

Pas facile de devenir consom’acteurs !

Au problème de l’accessibilité géographique s’ajoute celui du pouvoir d’achat, mais aussi de la lisibilité des labels - qui sont légion - et de la connaissance même des impacts de la consommation. Julien Auzarel ajoute un point, peu évoqué lors du débat : "On parle beaucoup d’obsolescence programmée, mais à mes yeux le principal problème est l’obsolescence culturelle, même en matière de machines à laver ! Il commence heureusement à y avoir une petite prise de conscience là-dessus."

Pour que les pratiques dites responsables puissent être adoptées par une majorité de la population, il faut donc palier tous ces obstacles. Or, pour bien s’y prendre, les subtilités sont nombreuses ! Comprendre comment des pratiques en impactent d’autres peut ainsi donner du fil à retordre. « Dans une étude réalisée sur une centaine d’agriculteurs, nous avons pu voir que ce n’est pas la conversion à l’agriculture biologique qui amène à faire du circuit court, comme cela était supposé, mais l’inverse. Par la proximité avec le consommateur, l’agriculteur est amené à adopter peu à peu des pratiques plus respectueuses de l’environnement pouvant l’amener jusqu’à la labellisation bio » explique ainsi Nathalie Corade.

Consommer responsable ne se limite par ailleurs pas à l’acte d’achat ! C’est aussi trier ses déchets, réduire la quantité des produits de lavage, valoriser toutes les parties d’un légume... De l’acquisition d’un produit à son utilisation puis sa fin de vie, les intervenants ont proposé réflexions et conseils. Des éléments à (re)découvrir dans le podcast de ce Rencard du savoir.

Par Yoann Frontout, journaliste scientifique et animateur des Rencards des savoirs

*Enquête Harris Interactive pour la banque Oney, réalisée en ligne auprès d’un échantillon de 1006 personnes du 24 au 26 novembre 2020

Les Rencards du savoir

Programmation grand public annuelle constituée de cafés et de cinés-débats en lien avec des sujets d’actualité, les Rencards du savoir permettent à la recherche bordelaise de sortir des laboratoires et des centres de recherche.

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