Sur les traces du capitaine Zentz, vétéran de la Garde impériale

Extraits des registres militaires sous les matricules militaires n°74605 [Zenz o

Extraits des registres militaires sous les matricules militaires n°74605 [Zenz ou Zentz, Vélite n°74605 - SHD-GR20 YC35, p. 461] et n°948 et 430  © Source : Service historique des Armées  www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Un diagnostic réalisé au château de Cons-la-Grandville, en Meurthe-et-Moselle, a révélé de façon inattendue, dans le cimetière paroissial attenant, la tombe d’un capitaine de la Garde impériale de Napoléon I dont l’identité a été retrouvée et le destin romanesque retracé.

Une opération de diagnostic a été prescrite par le SRA-DRAC Grand-Est, sur la partie médiévale du château de Cons-La-Grandville, ses fossés sud, ainsi que sur le cimetière nord désaffecté de l’église paroissiale. Un sondage effectué sur quelques mètres carrés, à proximité de l’entrée de la chapelle basse, a révélé une sépulture hors du commun datant du XIXe s., creusée au milieu d’inhumations plus anciennes et plus ou moins perturbées du cimetière fermé en 1895 et supprimé en 1949, effaçant d’un trait la mémoire des morts.

Parmi les individus retrouvés, un vieillard de 89 ans inhumé au pied de la crypte seigneuriale portait sur le torse, sous sa main gauche, une médaille militaire de Sainte-Hélène, en bronze, à laquelle étaient attachés des fragments de ruban et une épingle. Celle-ci avait été décernée en 1857 par Napoléon III, pour réaliser les dernières volontés de Napoléon I , aux vétérans ou « compagnons de gloire »  qui avaient servi durant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Sa gravure est l’oeuvre de Désiré Albert Barre, graveur-général des Monnaies sous Napoléon III. Elle est considérée comme la première « médaille commémorative » française et fut remise à près de 405 000 soldats vétérans, dont environ 350 000 Français et 55 000 étrangers, ayant servi sur terre et sur mer la République ou l’Empire entre les années 1792 et 1815.

Accompagnant jusque dans la mort le défunt inhumé en simple chemise, cette décoration revêt donc une forte dimension symbolique de fidélité d’un soldat à son empereur. Les recherches dans les archives locales et militaires ont permis d’identifier le vieillard récompensé. Jean-Jacques Zentz (1787-1876) naît d’une famille de boulanger aubergiste à Coblence (Koblenz) en Rhénanie et devient français en 1797, lors de la création du département de Rhin-et-Moselle. Le jeune homme de 19 ans, instruit, grand et bien bâti est engagé comme élève officier (vélite) d’un régiment de grenadiers de la Garde, dont il gravira les échelons jusqu’à devenir capitaine. Dès 1806, il participe à la campagne de Prusse et de Pologne, première d’une longue série qui lui fera traverser durant dix ans toute l’Europe, de l’Espagne à la Russie, où il combat notamment à la bataille de Krasnoï pour protéger la retraite de la Grande Armée. Licencié fin 1815 après Waterloo, il vit de son traitement en demi-solde jusque vers 1831 où il devient percepteur et notable local. Marié à une jeune femme aisée de Cons-la-Grandville, il s’y installe et a huit enfants, dont un fils qui embrassera aussi une carrière militaire.

Son squelette fait apparaître de probables stigmates de ses combats tel un coup violent reçu sur le crâne, infligé par un objet tranchant, un sabre probablement. Son bassin incliné, ses vertèbres déformées évoquent les conséquences d’une grave blessure au bas-ventre survenue en 1814, signalée dans ses états de service. Le soldat qui reçut des mains de Napoléon I la croix de la Légion d’honneur repartit à la guerre lors des Cent-Jours. Cette décoration n’a pas été retrouvée dans sa tombe, car certainement léguée à ses héritiers. L’emplacement de sa sépulture marque le prestige d’un soldat remarquable à qui archéologue et anthropologue ont « redonné vie ».

Aménageur : M. de Lambertye et Mairie de Cons-La-Grandville, avec le concours des Monuments Historiques
Contrôle scientifique : SRA-DRAC Grand-Est
Recherches archéologiques : Inrap
Responsables de recherches archéologiques : Jean-Denis Laffite et Frédéric Adam, Inrap 


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