Vers une recherche durable ?

Dans une tribune parue dans Le Monde le 19 mars dernier, le collectif Labos1point5 invite le monde académique à réfléchir puis agir pour réduire l’impact des activités de recherche sur l’environnement. Trois questions à Xavier Anglaret, chercheur à l’université de Bordeaux et signataire du texte fondateur.

Créé officiellement le 20 mars 2019, le collectif Labos1point5 - en référence aux objectifs de l’Accord de Paris de limiter l’élévation des températures à 1,5 °C - se penche sur l’influence des activités de recherche sur l’ensemble de la biosphère et lance un appel à la communauté scientifique à faire son introspection pour une recherche plus durable.

Comment avez-vous été amené à signer le texte fondateur du collectif 1point5 ?

Xavier Anglaret : En 2018, à l’occasion de rencontres individuelles un peu fortuites, on s’est rendu compte que beaucoup d’acteurs du milieu de la recherche murissaient les mêmes préoccupations. Ceci, dans des disciplines et institutions très diverses. Le dynamisme de certains collègues* pour coordonner la rédaction d’un texte commun a fait le reste. Le fait que ces rencontres dispersées se cristallisent en collectif organisé témoigne sans doute de l’urgence ressentie par tous .

Quels seront les premières empreintes environnementales - donc les premiers leviers - étudiées au sein des structures de recherche membres du collectif ?

X.A. : Avant le collectif, nos équipes avaient déjà toutes entamé séparément la même démarche (celle de chiffrer leur empreinte environnementale), avec la même détermination (celle d’en tirer ensuite les conséquences sans état d’âme). Autrement dit, « si je constate que mon équipe vit au-dessus des moyens énergétiques que m’autorise l’état de la planète, je modifierai mes pratiques professionnelles pour que ça ne soit plus le cas ». Le collectif va transformer ces initiatives individuelles en un mouvement national. Il donnera de la force aux constats qui en sortiront et aux actions proposées. Pour une équipe comme la mienne les premières pratiques à cibler seront les vols en avion et l’utilisation du numérique . Il sera intéressant de voir ce que concluent les autres, et les actions collectives qui découleront d’une vision plus globale.



Dans la vie, il n’est pas toujours évident de concilier les valeurs de son métier et ses pratiques individuelle. Une catégorie de chercheurs a identifié l’iceberg vers lequel nous conduit notre trajectoire énergétique. Les autres, dont je fais partie, seraient irresponsables de continuer à danser sur le pont.

Comment mettez-vous en pratique, au quotidien, votre volonté de réduite votre empreinte carbone ?

X.A. : Je fais comme tout le monde, je dirais. Des efforts méritants individuellement mais dérisoires collectivement. Et c’est bien là le problème. Je prends très au sérieux les avertissements de nos collègues climatologues, qui nous démontrent, chiffres à l’appui, que si on ne modifie pas radicalement nos pratiques de consommation énergétique on court le risque d’une situation climatique devenant incontrôlable . Or qui dit « modifications radicales » dit sans doute énergies renouvelables mais aussi réduction drastique de la consommation globale. Cette réduction implique des tels changement sociétaux que seule une dynamique collective peut l’enclencher. Pour l’instant cette dynamique n’existe pas.

*Tamara Ben Ari, chargée de recherche à L’INRA en agronomie globale et Olivier Berné, astrophysicien au CNRS Centre national de la recherche scientifique à Toulouse sont les deux fondateurs du mouvement.

Xavier Anglaret est médecin interniste et épidémiologiste. Il dirige  l’équipe IDLIC (maladies infectieuses en pays à ressources limitées) du Bordeaux population Health (centre Inserm 1219 / université de Bordeaux). L’équipe IDLIC est liée à une équipe de chercheurs de Côte d’Ivoire au sein du laboratoire international associé PAC-CI.

Labos1point5

Le collectif compte déjà plus de 400 chercheurs membres et une vingtaine d’initiatives au niveau national.

L’université de Bordeaux s’engage

Le groupe de travail mené par Xavier Anglaret a été mis en place début 2019 au sein de l’ISPED et du PBH. Ce groupe a deux objectifs : 1 > produire des propositions concrètes (et argumentées) d’actions visant à réduire l’empreinte environnementale (incluant les émissions de CO2) des activités de recherche et d’enseignement. Ces propositions seront ensuite soumises à la communauté des chercheurs, enseignants et étudiants, pour décision de mise en oeuvre ; 2 > collaborer avec d’autres institutions académiques ayant la même démarche (pour ensuite s’adresser ensemble aux tutelles).

02 avril - Workshop sur l’Intelligence artificielle et la santé avec l’Université de Waterloo (Canada)


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