Pourquoi nous marcherons pour les sciences à Bordeaux le samedi 22 avril

20 Avril 2017
Pourquoi nous marcherons pour les sciences à Bordeaux le samedi 22 avril

Les acteurs de la recherche du site bordelais s’engagent en cosignant une tribune publiée ce jour dans Sud Ouest pour appeler à une Science indépendante, en lien avec la Marche pour les Sciences qui aura lieu le 22/04 partout dans le monde.

À une période où les enjeux planétaires sont sans précédent, le savoir constitue plus que jamais un bien commun indispensable à la liberté et à la prospérité de l’Humanité et des peuples. Les « fake news », faits alternatifs et autres post-vérités ébranlent le pacte fondateur de nos démocraties. Le débat démocratique doit s’appuyer sur un socle de connaissances objectives, non partisanes, sur lequel les visions peuvent être valablement discutées. Savoir et opinion sont deux éléments de la décision publique qui doivent être respectés, mais jamais comparés et encore moins assimilés ; le savoir n’est pas une opinion. Le 22 avril prochain, à l’occasion du Jour de la Terre, la Marche pour les Sciences célèbrera la nécessaire indépendance du savoir scientifique.

La Marche a été initiée aux Etats-Unis, en réponse à la revendication de plus en plus assumée de la « post-vérité ». Cette préoccupation est aussi celle des européens, et de tous les citoyens du monde. Mouvements anti-vaccination, manipulation des expertises, climato-scepticisme érigé en principe malgré l’évidence, renouveau des créationnismes et du mythe de la terre plate, etc. : tout ceci ne relève pas de la sympathique anecdote mais d’une société qui se morcelle et perd ses repères sous les coups de boutoir des obscurantismes de toutes sortes.

La méthode scientifique, établie au siècle des lumières et affinée depuis, offre une particularité : les moyens de critiquer la connaissance sont produits et partagés en même temps que la connaissance elle-même. Ainsi chacun - scientifique, citoyen ou décideur - est en mesure de porter un regard critique sur les conditions de production de chaque connaissance, et donc sur ses limites et sur sa valeur. Cela confère à la méthode scientifique l’universalité indispensable à un dialogue construit entre les individus, entre les opinions, entre les peuples, et en fait un projet extraordinairement émancipateur. La défendre le 22 avril ne relève aucunement du scientisme, mais de la reconnaissance de ce principe essentiel de la démocratie moderne.

A l’inverse, les tentatives actuelles visant, de part et d’autre de l’Atlantique, à restreindre la capacité à produire ou à diffuser la connaissance sont autant de menaces pour les démocraties. Face à la banalisation de la « post-vérité » qui place sur un pied d’égalité les faits et les opinions, le silence n’est plus une option. Comme les scientifiques et citoyens américains confrontés à la prise de contrôle des sciences de la santé et de l’environnement par la nouvelle administration américaine, il faut redire ensemble que la science ne doit ni servir des intérêts particuliers, ni à l’inverse être rejetée ou falsifiée sous prétexte que les savoirs dérangeraient des convictions partisanes.

Comme l’invention de l’écriture puis celle de l’imprimerie avaient permis l’enregistrement et la diffusion des savoirs, aujourd’hui la transition numérique permet de partager le plus largement non seulement la connaissance mais aussi les données de base qui ont permis de l’élaborer, les méthodes, les outils, les critiques, bref l’ensemble de la démarche scientifique. La science doit dialoguer avec la cité : les citoyens doivent pouvoir s’investir dans la démarche scientifique s’ils le souhaitent ; les scientifiques doivent se préparer à cet investissement ; les politiques publiques doivent le faciliter. La science doit sortir des laboratoires et s’ouvrir au monde pour que se créent les conditions durables d’un débat démocratique ambitieux.

Marcher en nombre pour les sciences le 22 avril, c’est montrer son attachement aux principes d’indépendance de la démarche scientifique ; c’est défendre la construction des savoirs face aux opinions et idéologies ; c’est affirmer la nécessité du dialogue entre sciences et sociétés ; c’est exiger la prise en compte des savoirs et de leurs limites dans la décision publique.

Signataires

  • Manuel Tunon de Lara , président de l’ Université de Bordeaux
  • Hélène Vélasco , présidente de l’ Université Bordeaux Montaigne
  • François Cansell , directeur de Bordeaux INP
  • Olivier Lavialle , directeur général de Bordeaux Sciences Agro
  • Yves Déloye , directeur de Sciences Po Bordeaux
  • Vincent Hoffmann-Martinot , président de la ComUE d’Aquitaine
  • François-Xavier Mahon , directeur de l’ Institut Bergonié
  • Gaëlle Bujan , déléguée régionale du CNRS
  • Hubert de Rochambeau , représentant de l? INRA en Nouvelle-Aquitaine
  • Monique Thonnat , directrice du Centre de Recherche Inria Bordeaux - Sud-Ouest
  • Jean-Pierre Giannini , directeur du CEA-Cesta
  • Frédéric Saudubray , directeur du Centre Irstea de Bordeaux
  • Raphaël Dupin , directeur de Cap Sciences  

   

Pour en savoir plus sur les Marches pour les Sciences 

  • À Bordeaux : bit.ly/science_march­_bdx  ; à retrouver aussi sur Facebook et Twitter @ScienceMarchBdx
  • En France : www.marchepourlessciences.fr  ; Twitter @ScienceMarchFr
  • Dans le monde : www.marchforscience.com  ; Twitter @ScienceMarchDC

   

Déroulement de la Marche à Bordeaux


Rassemblement le samedi 22 avril à 15h à la Maison Écocitoyenne (Quai Richelieu ; Tram « Porte de Bourgogne »), pour une arrivée prévue vers 17h à Cap Sciences (Quai de Bacalan ; Tram « Cité du Vin »).

De nombreuses animations sont prévues sur le trajet le long des quais, notamment des échanges avec de jeunes scientifiques.

Voir aussi


"L’université de Bordeaux soutient la marche citoyenne pour les sciences", un article dans lequel le président de l’université de Bordeaux s’exprime (vidéo).