Temps des hommes, temps cosmique : les calendriers

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Rythmé par les fêtes religieuses, notre calendrier est l’héritage de plusieurs millénaires, des premières observations de la nature, sans doute à la préhistoire, jusqu’à l’absorption de fêtes païennes par le christianisme.

Sur le portail de la cathédrale de Strasbourg, un calendrier sculpté à la fin du XIIIe siècle montre douze figures représentant les mois de l’année, associées alternativement aux signes du zodiaque. Elles évoquent pour la plupart les travaux agricoles : moissons, vendanges, glandée… Pour Denise Borlée, maître de conférences en histoire de l’art à l’université, « il faut voir cette représentation côte à côte comme une manière de lier le temps terrestre, le temps des hommes, au temps du cosmos ». Ces calendriers fleurissent aux XIIe et XIIIe siècles sur les portails des églises et des cathédrales, les mosaïques, les vitraux, les manuscrits enluminés...

« Ce n’est pas une invention du XIIe siècle. En Occident, les calendriers remontent à l’Antiquité : à Athènes, une frise du IIe siècle avant J.-C. représente les signes du zodiaque associés aux fêtes religieuses populaires. Celles-ci rythment la vie des hommes, comme plus tard les fêtes chrétiennes sont autant de repères chronologiques. »

Sol invictus, le soleil invaincu

« à partir de l’époque carolingienne, le christianisme a fait admettre son rythme de fêtes dans la société. Imposé par les souverains, ce calendrier est une absorption de rites de cultures antérieures. Par exemple, Noël célèbre la naissance de Jésus, c’était à Rome la fête du Sol invictus, le « soleil invaincu », lors du solstice d’hiver, quand le soleil reprend le dessus. Les festivités de la lumière étaient répandues dans toutes les cultures anciennes européennes, un culte spontané pour ces populations qui voyaient la nuit s’étendre », explique l’érudit Marcel Metzger, professeur émérite à la Faculté de théologie catholique.

Le cycle de Pâques (Carême, Pentecôte...), fixé d’après l’équinoxe de printemps, est hérité de la fête pascale juive, qui elle-même est une transposition de rites liés au printemps des populations nomades. Elles sacrifiaient un agneau en offrande à la divinité pour qu’elle continue à donner la vie. « On n’a pas supprimé les fêtes païennes, auxquelles les populations étaient attachées, mais on leur a donné un nouveau contenu chrétien. » Le baptême du Christ, relié à l’épiphanie, coïncide avec les rites égyptiens autour des crues du Nil, où l’on déposait une statue d’Isis dans le fleuve puis on la ressortait, symbole de renaissance.

C’est en observant la nature que les hommes ont pu établir les premiers calendriers : l’alternance jour-nuit, le cycle de la Lune, celui des saisons, l’allongement et le raccourcissement des jours (solstices et équinoxes)... Ces phénomènes cycliques ont servi de références pour définir des repères temporels communs et organiser la vie agricole, sociale et religieuse des sociétés.

Dépourvues d’agenda, les populations ont également eu besoin de nommer les jours de l’année. « Dès le IIIe siècle, on a repéré le jour de la mort des martyrs, puis on a progressivement étoffé le calendrier annuel avec des fêtes de saints, poursuit le professeur. Elles sont restées ensuite des repères importants pour les populations (les Saints de glace, le marché de la Sainte-Catherine, etc.). C’est ainsi qu’on mobilisait les attentions et les mémoires. »

Stéphanie Robert