Brèves du Bronze : la bestiole de Villeneuve-la-Guyard

La bestiole de Villeneuve-la-Guyard (Yonne). © Claire Tristan, Inrap
La bestiole de Villeneuve-la-Guyard (Yonne). © Claire Tristan, Inrap
À l’occasion de la saison scientifique et culturelle de l’Inrap, des archéologues racontent des fouilles et des objets de l’âge du Bronze qui les ont marqués. Aujourd’hui, la bestiole de Villeneuve-la-Guyard.

La figurine a été trouvée dans une fosse polylobée datée du début du Bronze final (IIIb: circa 900-750 av. J.-C.). Elle est localisée en périphérie d’un site d’habitat implanté sur les berges d’un paléochenal qui le sépare d’une nécropole protohistorique à enclos située sur l’autre rive. En plus de la figurine, la fosse a livré une importante quantité de mobilier de nature domestique : céramique (dont un pâton de potier et une fusaïole), silex et faune.

L’objet, sommairement modelé, mesure 61 mm de long pour 20 mm de large et 28 mm de haut. Il est en terre cuite, de couleur brun-noir, finement dégraissé au sable. Des traces de façonnage sont visibles à sa surface avec des traces de doigts à la jonction du cou et du dos ainsi que sur les côtés.


L’animal présente une tête bien dégagée avec un museau plat et allongé, les narines peut-être marquées par un coup d’ongle. Il est debout sur trois pattes. Les deux pattes arrières sont à leur place. La troisième, à l’avant, est centrée ; aucune quatrième patte n’a donc jamais été prévue. L’arrière-train est massif, de même volume que le reste du corps et dépassant largement des pattes arrières sur une dizaine de millimètres.

Son extrême schématisation ne permet pas une identification formelle de l’espèce représentée. L’arrière-train évoque celui d’un lézard après qu’il a perdu sa queue lors d’une attaque de prédateur, mais sa petite tête peut se comparer à une autre (même dimensions et morphologie), issue d’un site lorrain*, où les yeux, les narines et la bouche sont figurés, évoquant une loutre, avec son museau aplati. La patte avant centrale pourrait être la réunion des deux pattes antérieures, l’animal se tenant sur son arrière-train, position par ailleurs fort stable pour cette figurine ou bien représenter un animal né malformé ou estropié, comme un chien du village, ou illustrer la liberté de « l’artiste ».

Cet objet s’inscrit parfaitement dans le corpus des figurations en terre cuite du Bronze final/Hallstatt : contexte, datation, pâte, dimensions, technique, représentation schématique. On n’en connait qu’une soixantaine d’exemplaires (anthropomorphes et zoomorphes) sur le territoire national, dont la moitié de figurines animales, ce qui en fait une découverte exceptionnelle. Au-delà d’une interprétation votive un peu trop commode, comment ne pas envisager l’oeuvre d’un enfant, surtout en contexte d’habitat et avec une fabrication de céramique attestée sur place par la présence d’un pâton de potier dans la même fosse ?

*Crévéchamps, Meurthe-et-Moselle, Koenig 2016, fig. 142 ,n°15.

Claire Tristan, Inrap Bourgogne / Franche-Comté