Redécouverte d’un faubourg médiéval à Épinal

Traces de deux trous de piquet observées en bordure du paléochenal, août 2025. ©
Traces de deux trous de piquet observées en bordure du paléochenal, août 2025. © Camille Demougin, Inrap
À l’occasion d’un diagnostic réalisé préalablement à la construction d’un auditorium par la Communauté d’Agglomération d-Épinal, un ensemble de structures médiévales et modernes avait été révélé dans ce secteur de la ville, situé en contrebas du château, à l’extérieur de l’enceinte urbaine. La fouille menée sur une surface de 1 000 m² a permis de redécouvrir un ancien faubourg médiéval de la ville, tombé dans l’oubli depuis plusieurs siècles.

Aux origines du faubourg : un premier aménagement au bord du paléochenal

Les indices d’un paléochenal orienté est-ouest ont été identifiés en plusieurs points de l’emprise. Ce chenal pourrait correspondre au lit primitif du ruisseau d’Ambrail, aujourd’hui canalisé en souterrain sous la rue éponyme, à quelques mètres au nord de la zone de fouille.
Des aménagements de berge ont été mis en évidence, notamment par la présence de piquets. Les prélèvements effectués dans ces derniers feront l’objet d’une datation radiocarbone afin de préciser la chronologie de ces probables renforts de berges.

De la maîtrise de l’eau aux premiers habitats

Dans un second temps, le ruisseau a été canalisé. Le premier état de cet aménagement, d’une largeur d’environ 2,2 m, est bordé par des premières traces d’habitation, matérialisées par des solins, des niveaux de sols et des foyers.

Ces observations restent très fragmentaires, les constructions postérieures ayant endommagé ces vestiges. Très peu de mobilier est associé à cet état, mais quelques tessons de céramique permettent de situer cette occupation entre le Xe et le XIIe siècle.

Le développement du faubourg du XIIIᵉ au XVIᵉ siècles

à partir du XIIIe siècle, l’évêque de Metz Jacques de Lorraine dote la ville d’épinal d’une enceinte fortifiée. C’est à ses pieds, à proximité de la porte d’Ambrail, que se développe ce faubourg. Plusieurs structures d’habitat ont ainsi été identifiées le long du canal.

La partie fouillée du faubourg se compose d’un ensemble de bâtiments orientées NO/SE. Cinq travées se distinguent. Ces constructions se développent en longueur, sur une largeur oscillant entre 5 et 6 m. Les bâtiments suivent un modèle récurrent : les pièces d’habitation se situent à l’avant, des espaces artisanaux à l’arrière. S’en suivent des arrière-cours équipées de puits-perdus et de latrines et enfin des jardins. Un couloir, ponctué d’une succession de seuils, dessert l’ensemble des pièces sur toute la longueur. Certains bâtiments devaient posséder un étage, comme en témoigne le vestige d’un escalier découvert dans le bâtiment le plus au nord.

Certaines pièces se distinguent par des sols en terre battue particulièrement bien conservés ou par des dallages en grès. Les habitations étaient chauffées par des cheminées ou des poêles : de nombreux supports ont été mis au jour, ainsi qu’un poêle effondré in situ avec des carreaux-bols datés au plus tôt du XVe siècle.


Les activités artisanales sont encore à caractériser. Un foyer de forge a été identifié, ainsi que deux bassins dans des bâtiments distincts. Le premier est circulaire, semi enterré, de 1,50 m de diamètre, enduit de chaux avec des traces de clayonnage. Le second est rectangulaire de 4 m de long pour 1,10 m de large, enduit de mortier de tuileau. Ces cuves pourraient correspondre à un artisanat de tannerie.

Le mobilier mis au jour lors de la fouille est en cours d’étude. Il se rapporte principalement aux activités de la vie quotidienne (mortier, vaisselle, épingles...).

Du faubourg au bastion : la fin d’un quartier d’habitation

L’abandon des bâtiments est daté entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. Il est possible d’établir une corrélation avec la construction du bastion à proximité, au niveau de la Petite rue des Forts, ainsi qu’avec les conséquences de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Le bastion est rapidement démantelé : un plan datant d’environ 1750 montre déjà les terrains à donner ou à concéder à son emplacement.

Ce terrain restera ensuite une zone de jardins et de vergers jusqu’au XIXe siècle, avant qu’une activité horticole ne s’y installe. En 2010, une partie de cette emprise est transformée en parking.

Cette fouille en contexte urbain permet de documenter l’évolution d’une partie d’un faubourg de sa création au Moyen âge à son abandon à l’époque Moderne. Le caractère exceptionnel de cette opération réside ainsi avant tout dans sa localisation. En effet, la grande majorité des observations archéologiques ont jusqu’à présent concerné le secteur castral et la ville intra muros. Les informations recueillies dans cette partie de la ville d’Epinal sont par conséquent inédites et permettent de mieux connaitre la vie des habitants de ce quartier méconnu.

Aménagement : Communauté d’agglomération d’épinal
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie, Drac Grand-Est

Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Camille Demougin, Inrap