
La nécropole et l’habitat associé : évolution d’un village médiéval
La fouille a mis au jour une nécropole médiévale comprenant au moins 80 sépultures dont les premières installées datent de la période carolingienne (IXe-Xe siècles).La zone funéraire jouxte un habitat matérialisé par des bâtiments sur poteaux plantés accompagnés de structures domestiques (silos, fours, cabane de métier à tisser). Les inhumations sont organisées en rangées ou en petits groupes, et présentent diverses caractéristiques, telles que des fosses étroites, parfois aménagées d’une loge céphalique, c’est-à-dire un petit espace réservé à la tête du défunt, et une absence totale de mobilier funéraire. Ces sépultures occupent une grande partie de la parcelle et certaines ont été partiellement détruites par des aménagements plus récents.
Des fours domestiques aux équipements collectifs
Les archéologues ont mis au jour plusieurs fours médiévaux directement creusés en sape dans le sol, de tailles différentes.
Un four de potier
L’artisanat potier se manifeste par la présence d’un grand four permettant la cuisson de céramiques, ainsi que de plusieurs fosses de rejets des ratés de cuisson (tessonnières) donnant une idée du corpus des formes produites. D’autres structures comme des fosses servant de réserve à argile ont également été mises au jour.Les archéologues, avec l’aide des céramologues, ont pu commencer à identifier la période de production potière qui s’étend sur la parcelle du XIe au XIIIe siècle.
Quand le feu aide à dater le passé : l’archéomagnétisme
Pour dater précisément certains fours et affiner la compréhension de leur utilisation, les archéologues ont utilisé l’archéomagnétisme, une méthode scientifique fascinante. Certaines structures ou matériaux en argile, lorsqu’ils sont suffisamment chauffés, enregistrent la direction et l’intensité du champ magnétique terrestre et conservent cette ’ mémoire ’ si aucune autre chauffe ne survient. Cette propriété est due à la présence d’oxydes de fer dans l’argile, qui acquièrent une aimantation persistante en se refroidissant. Comme la direction et l’intensité du champ magnétique varient au fil du temps, les scientifiques peuvent comparer les mesures d’aimantation faites sur les matériaux chauffés à une courbe de référence et déterminer la date de la dernière utilisation du four.
Les fours découverts à Fosses vont faire l’objet de cette analyse, et les résultats permettront de préciser leur chronologie exacte. En combinant archéomagnétisme et étude des céramiques, les archéologues pourront reconstituer l’histoire des installations et des activités artisanales avec plus de précision. Cette méthode est particulièrement adaptée ici, car Fosses était un véritable village de potiers dont l’activité s’étale sur près de 1000 ans : la mémoire du feu conservée dans l’argile offre un témoignage direct du travail et de la vie des artisans médiévaux.
Aménagement : B&G Promoteur
Responsable scientifique : Nicolas Warmé, Inrap


