Fosses (Val-d’Oise), un village de potiers

Four potier en cours de fouille à Fosses (Val-d’Oise). © Nicolas Warmé, In
Four potier en cours de fouille à Fosses (Val-d’Oise). © Nicolas Warmé, Inrap
L’Inrap fouille une parcelle de 1 600 m² en coeur de ville à Fosses et révèle une occupation médiévale dense, comprise entre le IXe et le XIIIe siècle. Une nécropole d’environ 80 sépultures, des vestiges d’habitat et plusieurs fours illustrent l’évolution des usages du site et apportent un éclairage précieux sur la vie quotidienne et les activités artisanales du village.

La nécropole et l’habitat associé : évolution d’un village médiéval

La fouille a mis au jour une nécropole médiévale comprenant au moins 80 sépultures dont les premières installées datent de la période carolingienne (IXe-Xe siècles).
La zone funéraire jouxte un habitat matérialisé par des bâtiments sur poteaux plantés accompagnés de structures domestiques (silos, fours, cabane de métier à tisser). Les inhumations sont organisées en rangées ou en petits groupes, et présentent diverses caractéristiques, telles que des fosses étroites, parfois aménagées d’une loge céphalique, c’est-à-dire un petit espace réservé à la tête du défunt, et une absence totale de mobilier funéraire. Ces sépultures occupent une grande partie de la parcelle et certaines ont été partiellement détruites par des aménagements plus récents.

Des fours domestiques aux équipements collectifs

Les archéologues ont mis au jour plusieurs fours médiévaux directement creusés en sape dans le sol, de tailles différentes.

Un petit four domestique de la période carolingienne servait à la cuisson quotidienne à proximité de l’habitat, tandis que deux fours beaucoup plus grands, probablement du XIIe siècle, permettaient de cuire le pain pour plusieurs familles ou pour la communauté.

Un four de potier

L’artisanat potier se manifeste par la présence d’un grand four permettant la cuisson de céramiques, ainsi que de plusieurs fosses de rejets des ratés de cuisson (tessonnières) donnant une idée du corpus des formes produites. D’autres structures comme des fosses servant de réserve à argile ont également été mises au jour.
Les archéologues, avec l’aide des céramologues, ont pu commencer à identifier la période de production potière qui s’étend sur la parcelle du XIe au XIIIe siècle.

Quand le feu aide à dater le passé : l’archéomagnétisme

Pour dater précisément certains fours et affiner la compréhension de leur utilisation, les archéologues ont utilisé l’archéomagnétisme, une méthode scientifique fascinante. Certaines structures ou matériaux en argile, lorsqu’ils sont suffisamment chauffés, enregistrent la direction et l’intensité du champ magnétique terrestre et conservent cette ’ mémoire ’ si aucune autre chauffe ne survient. Cette propriété est due à la présence d’oxydes de fer dans l’argile, qui acquièrent une aimantation persistante en se refroidissant. Comme la direction et l’intensité du champ magnétique varient au fil du temps, les scientifiques peuvent comparer les mesures d’aimantation faites sur les matériaux chauffés à une courbe de référence et déterminer la date de la dernière utilisation du four.


Les fours découverts à Fosses vont faire l’objet de cette analyse, et les résultats permettront de préciser leur chronologie exacte. En combinant archéomagnétisme et étude des céramiques, les archéologues pourront reconstituer l’histoire des installations et des activités artisanales avec plus de précision. Cette méthode est particulièrement adaptée ici, car Fosses était un véritable village de potiers dont l’activité s’étale sur près de 1000 ans : la mémoire du feu conservée dans l’argile offre un témoignage direct du travail et de la vie des artisans médiévaux.


Aménagement : B&G Promoteur

Contrôle scientifique et technique : DRAC île-de-France (service régional de l’archéologie)

Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Nicolas Warmé, Inrap