Le bourg castral de Montaut

Plan primitif, atlas-B2 Montaut-le-Jeune, Montaut,1810. © Archives départemental
Plan primitif, atlas-B2 Montaut-le-Jeune, Montaut,1810. © Archives départementales de Lot-et-Garonne - 3P/A62/20
Dans le cadre d’un projet d’aménagement privé au sein du bourg castral de Montaut-le-Jeune, l’Inrap a fouillé une parcelle à l’extrémité nord-ouest de l’enceinte intra muros, incluant les vestiges du rempart et d’une tour. Les vestiges des périodes médiévale, moderne et contemporaine, témoignent de l’organisation et de l’évolution du bourg entre le XIIIe et le XXIe siècle.

Implanté sur un éperon rocheux, Montaut-le-Jeune apparaît dès le XIIIe siècle dans les sources textuelles, lorsque Raimond de Montaut rend hommage à Simon de Montfort. Malgré la destruction d’une grande partie des archives seigneuriales, les sources permettent de cerner l’importance du castrum, siège d’une juridiction disposant d’un château, d’un tribunal et de prisons. Les cadastres du XIXe siècle conservent un plan hérité du Moyen âge, organisé autour de quatre rues orthogonales, d’une place centrale et d’un système défensif imposant comprenant fossé, portes et tours.

Le bourg castral : remparts, tours et château

L’angle nord-ouest du rempart, au coeur de l’emprise fouillée, présente une courtine associée à une tour circulaire partiellement conservée. Ces structures, dont plusieurs phases de démantèlement sont attestées, appartiennent à la ceinture défensive médiévale. Au sud-est du bourg s’élevait le castrum. Il comprenait un donjon, décrit sur trois étages, un escalier en vis et divers corps de logis encore lisibles sur le cadastre napoléonien de 1810. La chapelle Notre-Dame, attestée au XVIIe siècle, faisait partie intégrante de cet ensemble castral. Abandonné puis démantelé au XIXe siècle, le château a disparu et ne subsiste aujourd’hui qu’un corps de logis, une tour et le négatif de l’enceinte réduite du castrum stricto sensu.

L’occupation du site

Les données issues de la fouille renouvellent la compréhension chronologique du site, et apportent des données inédites sur l’occupation discontinue de l’éperon rocheux de la fin du Néolithique (mis en évidence par la découverte d’un nombre significatif d’éléments lithiques en cours d’étude) jusqu’à la période contemporaine.

Un bruit de fond centré sur la fin de la protohistoire, très certainement autour de la Tène finale (Second âge du Fer), est également perceptible par la présence de tessons de céramique résiduels, piégés dans les déclivités du terrain naturel marno-calcaire.
Ces indices confirment que l’éperon rocheux constitue un lieu occupé sur le temps long, bien avant la création du castrum médiéval. Ils complètent les données anciennes relatives aux occupations gallo-romaines et alto-médiévales repérées dans les environs (Montaut-le-Vieux, La Motte), suggérant une attractivité topographique ancienne et récurrente du promontoire. Les indices d’une fréquentation au cours de la période antique n’ont pas été identifiés sur l’emprise de fouille, cependant le tracé de la voie reliant Villeneuve-sur-Lot à Bergerac passe en contre bas de l’éperon et présage très certainement que l’occupation de l’antiquité se situe au niveau de la plaine.

Une organisation complexe du bâti au Moyen âge

La fouille menée en 2025 sur 742 m² a permis d’identifier 188 structures archéologiques. Elles se composent majoritairement de vestiges bâtis enfouis et conservés en élévation, témoignant de l’organisation dense du front bâti adossé au rempart. à cela s’ajoutent plusieurs trous de poteau, des fosses excavées dans le socle marno-calcaire, ainsi que des niveaux de sols dont certains en carreaux de terre cuite.

L’un des apports majeurs de l’opération est la mise au jour, à l’aplomb, intra muros, de la tour nord-ouest, d’une salle basse, totalement excavée dans le substrat. Cette pièce, dont les contours et les accès restent partiellement conservés, constitue un exemple d’aménagement enterré associé à un ensemble castral. Son fonctionnement, espace de stockage, niveau inférieur d’un logis ou dispositif défensif, reste à préciser lors de la phase de post-fouille, mais elle révèle une complexité architecturale inattendue, confirmant l’importance stratégique de ce secteur.


La répartition des structures, couplée à l’étude des niveaux de démolition, illustre les transformations successives du quartier : densification du bourg médiéval, restructurations des espaces à la période moderne, puis abandon progressif au cours du XIXe siècle. Sont documentés également l’impact des démantèlements tardifs sur la lecture des vestiges, d’où l’intérêt primordial de l’étude du bâti dans les recherches archéologiques, associant les vestiges en élévation aux vestiges enfouis.

Le site à l’époque moderne et contemporaine

Les événements de 1574 (Benaben, 1913 p. 266), lorsque les protestants s’emparent du château, entraînent des destructions dont certaines traces pourraient correspondre aux niveaux de démantèlement observés sur l’emprise. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’activité décline, comme l’illustrent la fermeture du temple réformé et la diminution progressive du nombre d’habitants.

Après la Révolution, le pôle d’occupation se déplace vers Montaut-le-Vieux tandis que les remparts et le château sont progressivement démantelés et les matériaux de construction sont vendus. Les bâtiments encore présents sur les cadastres de 1810 disparaissent.
La fouille permet aujourd’hui de restituer toutes ces dynamiques, en révélant la densité du bâti disparu et la résilience de la topographie héritée du Moyen âge.

Aménagement : aménageur privé
Recherches archéologiques : Inrap

Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (SRA) de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Nouvelle-Aquitaine
Responsable de recherches archéologiques : J. Saadi, Inrap