Paris 117 Bd Saint Germain : une fouille urbaine en milieu contraint

117 Bd Saint-Germain, Paris 2025. Vue panoramique de la fouille en plan de la zo
117 Bd Saint-Germain, Paris 2025. Vue panoramique de la fouille en plan de la zone 3 au sous-sol. Une partie de la pièce (à droite sur la photo) est encore inaccessible du fait de la finalisation du coulage des voiles béton par les puisatiers. © Hamid Azmoun/Inrap
Une opération de fouilles préventives de 270 m2 dans les sous-sol et la cour d’un immeuble au 117 Bd Saint Germain à Paris a permis à une équipe d’archéologues de l’Inrap de mettre en évidence une occupation depuis l’Antiquité jusqu’à la période moderne.

De mars à août 2025, le service régional de l’archéologie de la Drac d’île-de-France a prescrit une fouille en amont de la transformation d’une partie d’un ancien immeuble en surface de vente (création d’un deuxième sous-sol et création d’un niveau de sous-sol à l’emplacement de la cour). La fouille de l’Inrap sur une surface de 270 m² (dont 45 m² dans la cour) est venue confirmer une occupation hors-la ville pour l’Antiquité, une occupation peu marquée pour le Moyen âge (des fosses, un chemin, des restes de bâti) et un tissu assez dense et remodelé pour la période moderne, à l’occasion notamment de la construction de l’immeuble par l’architecte Charles Garnier pour le Cercle des Libraires en 1879 (le bâtiment a également accueilli l’école nationale du Patrimoine dans les années 90 et l’école de journalisme de Science Po dans les années 2000).

Des conditions d’intervention complexes

La fouille en sous-sol a été contrainte par la réalisation de puits blindés (en tout 18 puits) pour la réalisation des travaux de reprise en sous oeuvre des fondations sur tout le pourtour du bâtiment, l’intervention archéologique en plan ne pouvant advenir qu’une fois l’ensemble des puits réalisés. Une première phase de fouille a donc été limitée à l’emprise de chaque puits, dont l’ouverture variait de 3 à 5 m², sur une profondeur de 1,40 m’à 2 m’en moyenne.


La fouille des puits a été réalisée en plusieurs phases, tous les puits ne pouvant pas être ouverts en même temps pour des questions de stabilité du bâtiment. Lorsque la partie archéologique était traitée, les puisatiers poursuivaient le travail pour atteindre 5 m de profondeur et pendant ce temps-là la fouille reprenait sur les puits suivants, d’où une forte co-activité dans des espaces réduits.


Si les premiers terrassements (sur environ 1,50 m) dans la zone de la cour (environ 50m²) ont pu être mécanisés, ceux-ci ont été vite limités par la possibilité de maintenir et surtout évacuer la pelle mécanique. Le reste de la fouille a donc été entièrement fait à la main sur une profondeur de 4 m’au total, avec comme seul moyen d’évacuation un treuil.

Une occupation antique hors la ville et quelques traces du haut Moyen âge

L’occupation la plus ancienne mise au jour sur le site remonte au début de la période antique. Elle se caractérise par une séquence de remblais et des fosses creusées dans le substrat sableux. Ces fosses correspondent à une phase d’extraction de sable qui pourrait être datée du Ier siècle.

La période antique est assez présente avec une épaisseur d’environ 1 m de stratigraphie courant jusqu’au IIIe siècle. Elle se caractérise par des apports massifs de remblais, sans qu’une structuration précise de l’espace puisse être mise en évidence (pas de traces d’habitat, ou d’atelier artisanal). Un artisanat de tabletterie et/ou de boucherie est perceptible dans les remblais sur l’ensemble du site mais est encore plus marqué dans le secteur sud-est où des couches comprenant quasi exclusivement de la faune avec rejets de déchets de taille et de sciage attestent la présence de ces artisanats à proximité. Cette activité d’artisanat antique est en adéquation avec la localisation de la fouille en dehors du secteur urbain.

Dans ces remblais quelques fosses du haut Moyen âge sont difficilement perceptibles et l’étude du mobilier céramique devra confirmer leur datation.

Un chemin médiéval - moderne ?

L’occupation du Moyen âge a surtout été perçue dans la zone de la cour. Dans le sous-sol, la construction du bâtiment actuel et les constructions qui se sont succédé entre le XVIe et la moitié du XIXe siècle ont laissé peu de vestiges médiévaux en place. Cette occupation se matérialise par les restes d’un chemin orienté nord-ouest/sud-est composé d’une à deux recharge de cailloutis. Il est probablement daté du XVe siècle (à confirmer avec l’analyse du mobilier céramique) et précède la mise en place des premiers éléments bâtis qui semblent plutôt se rattacher au XVIe siècle au vu des premières observations du terrain.

Un tissu dense à l’époque moderne

Dès le XVIe siècle, l’espace tend à se structurer et se densifier. Dans le sous-sol, une grande fosse (ancien cellier?) a livré un lot important de céramiques assez bien conservées montrant les restes d’une occupation cossue. Une autre fosse est moins bien cernée du fait des nombreux aménagements du XIXe et XXe siècle.


Plusieurs fragments de murs indiquent la mise en place de bâti le long de la rue Grégoire de Tours (ancienne rue du Coeur volant). Des latrines ont été également mises en évidence pour cette période.

Dans la zone de la cour, un premier dallage et un caniveau associé à un mur permettent de caractériser un espace extérieur à l’arrière des bâtiments. Cet espace de cour va perdurer dans le temps, comme l’indique la découverte de deux autres dallages, probablement datés des XVIIe- XVIIIe siècles, et la cour actuelle qui remonte à la fin du XIXe siècle. Au niveau des constructions, les restes d’un bâtiment associé à une cave ainsi que les restes d’un escalier ont été mis au jour dans la partie nord de la cour. D’autres éléments bâtis du XVIe ou XVIIe siècle ont aussi été perçus dans le sous-sol.

Les maçonneries rattachées à cette période sont bien souvent très lacunaires du fait des nombreuses transformations de la parcelle au XIXe siècle. Le phasage de ces différentes occupations, partiellement réalisé du fait de l’intervention en puits blindés, est l’un des enjeux des travaux de post-fouille.

La structuration de l’espace au XIXe siècle

Le milieu du XIXe siècle correspond à une phase de restructuration de l’espace avec le percement du Boulevard Saint Germain et le réalignement de la rue Grégoire de Tours. Cette phase a bien été perçue lors de la fouille avec, d’une part, la découverte de restes de murs et d’une tranchée de récupération qui semblent être datés de la fin du XVIIIe siècle, voire même du début du XIXe siècle et, d’autre part, par des séquences de remblais de démolition, notamment perçues dans la cour, datées de la moitié du XIXe siècle. Cette modification du secteur a rendu le terrain disponible pour la construction du bâtiment actuel, avec ses différentes phases d’extension entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. La fouille a permis de documenter ces phases de travaux avec la découvertes de trous de poteaux en lien avec les échafaudages, un bac à plâtre, etc., mais aussi des restes des installations du premier chauffage, des premiers sols et cloisons du sous-sol.

Dans des conditions peu communes d’intervention, cette fouille aura permis de pouvoir bien cerner l’évolution de l’occupation du secteur sur une assez longue période. Elle vient confirmer et compléter les données recueillies lors des fouilles réalisées à proximité (Odéon, Marché Saint Germain...).

Aménagement : GAN FONCIER
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie Drac île-de-France

Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Boris Robin, Inrap